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Avis de lecteur

sandrine57

sandrine57
Hérétiques
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 23,00 €
Leonardo Padura

Les affaires ne sont guère florissantes pour Mario Conde, le flic reconverti en vendeur de livres rares. Parfois, il a l'impression d'avoir retourné chaque pavé de l'île à la recherche d'un trésor littéraire et que le filon est épuisé. Aussi, quand Elias Kaminsky l'attend un soir devant chez lui avec les poches pleines de dollars et un cold case à élucider, Conde écoute son histoire et accepte la mission. Sur les traces d'un tableau de Rembrandt et d'un meurtrier, l'ex-policier découvre la peu glorieuse histoire du Saint-Louis, un paquebot allemand dont les passages, tous des juifs fuyant le nazisme, furent renvoyés vers l'Europe et la mort après de vaines tractations avec les autorités cubaines. Les parents et la sœur de Daniel Kaminsky, le père d'Elias, n'obtinrent pas l'asile malgré le Rembrandt qui leur servit de monnaie d'échange...
Propriété de la famille depuis le XVIIè siècle, le petit tableau a traversé le temps depuis sa création dans l'atelier du Maître à Amsterdam, la "Nouvelle-Jérusalem" pour le peuple juif persécuté de toute part qui trouva dans cette ville un havre de paix et de tolérance. La toile est un portrait, celui d'un élève de Rembrandt, Elias Ambrosius Montalbo de Avila, un juif qui voulait par-dessus tout être peintre malgré le tabou religieux qui interdisait aux membres de sa communauté de pratiquer cet art.
Peint au XVIIè siècle à Amsterdam, reparu dans une salle des ventes de Londres en 2009, le mystérieux tableau sera pour Conde l'objet d'une enquête dans le passé de La Havane, du temps où les juifs y vivaient en paix avant que la peur de Castro ne les chasse encore une fois vers d'autres horizons. En explorant les secrets de la famille Kaminsky, il fait la connaissance de Yadine, une "emo" en rupture totale avec la société et qui le charge de trouver sa meilleure amie, Judy, disparue depuis plusieurs jours. Le vieux détective découvre alors un autre monde, celui de ces jeunes Cubains qui ont choisi de se marginaliser pour fuir une société qui ne leur convient pas.

C'est toujours un plaisir de suivre les pas de Mario Conde dans les rues de La Havane. La recette de base reste inchangée : réflexions philosophiques de Conde sur la vie, la mort, la politique et l'âge avançant, la vieillesse, petits passages nocturnes entre les draps de la toujours belle Tamara, son amour de jeunesse, repas aussi improvisés que royaux chez Josefina et pour oublier les désenchantements, cuites mémorables avec sa bande de copains aussi (mal) barrés que lui. Ce qui diffère ici c'est la division en trois livres très différents et dont le point commun est l'hérésie. Vaste concept qui amène ses personnages à vivre différemment des membres de leur communauté et à se battre pour leur liberté. De Daniel qui renie son judaïsme pour se glisser dans la beau d'un cubain à Elias qui s'oppose à son rabbin en voulant peindre, jusqu'à Judy qui refuse de se fondre dans la masse et invente ses propres codes, ils ont tous fait leurs propres choix de vie, pensant ainsi, à tort ou à raison, accéder au bonheur. Outre l'hérésie, l'autre grand thème de ce roman est le sort réservé aux juifs à travers les lieux et les époques.
Ajoutés à la recette de base tous ces ingrédients rendent malheureusement le menu un poil indigeste. Trop de longueurs, trop de détails, trop de thèmes et un troisième livre carrément dispensable ou qui aurait pu faire l'objet d'un opus à part. Bilan mitigé après une lecture instructive mais fastidieuse.

Bel ami, el-Ami : roman
En stock, expédié lundi 4,00 €
Guy Maupassant (de)

Un emploi minable et mal payé, une chambre meublée dans un immeuble vétuste, des vêtements et des souliers usés mais un appétit de vivre et de réussir chevillé au corps, de belles manières et un esprit rusé. Tel est Georges Duroy lorsqu'il rencontre par hasard un ancien camarade de régiment dans une rue de Paris. Charles Forestier est arrivé, lui. Chef de la rubrique politique à "La vie française", il a ses entrées dans le beau monde, est marié à la voluptueuse et futée Madeleine et se propose de trouver un emploi à son vieil ami. C'est ainsi que Duroy entame une carrière de journaliste, épaulé par Madeleine qui l'aide à rédiger ses articles. Mais le jeune homme est ambitieux, il veut se faire une place au soleil, et c'est grâce à sa belle gueule et son bagout qu'il va s'élever dans la société. Georges Duroy plaît aux femmes, à toutes les femmes, les fillettes, les dames patronnesses, les épouses fidèles, les amantes frivoles, les jeunes filles en fleurs. Et toutes sont prêtes à se damner pour un regard, un mot d'amour, une caresse de celui que, dans les salons, on surnomme Bel-Ami.

L'ascension fulgurante d'un provincial, fils de cabaretiers normands, qui va gravir l'échelle sociale en se servant des femmes. De celle qui l'aide dans ses chroniques journalistiques à celle qui l'introduit dans la bonne société jusqu'à celle qui lui permet de s'enrichir, il prend, il se sert, il jette, sans faire de sentiments. Car le beau Georges Duroy ne s'embarrasse pas de scrupules. Cynique, égocentrique, ambitieux, il en veut toujours plus, il vise toujours plus haut et tant pis pour celle qui croit à ses déclarations d'amour. Pour Bel-ami, toutes les femmes sont des filles et il faut les traiter comme telles. D'ailleurs, Maupassant ne les épargne pas. Naïves, bêtement romantiques, elles se laissent aisément manipuler par le bellâtre aux dents longues. Même Madeleine, la plus maline, paie le prix fort son association avec cet homme sans vergogne. Elles ne sont pas les seules à subir la pointe acérée de l'écrivain. Toute la société française de la fin du XIXè siècle est la cible de ses sarcasmes. La classe politique, les journalistes et les financiers sont l'objet de ses critiques acerbes. Corruption, magouilles, collusions contre-nature entre la presse et la classe politique... en fin observateur, Maupassant décrit les vices de la Troisième République où les réputations se faisaient et se défaisaient, les gouvernement tombaient, d'un simple trait de plume. Et si on aime détester ce héros sans foi ni loi, on en vient aussi à se questionner sur l'ambition, le bonheur, la réussite à tout prix et à "s'amuser" des similitudes entre la société française décrite dans "Bel-Ami" et la France telle qu'on la connaît aujourd'hui. Jubilatoire et instructif !

Ne lâche pas ma main / roman
En stock, expédié lundi 7,50 €
Bussi, Michel

La Réunion, ses lagons bleu turquoise, ses plages de rêve, ses hôtels de luxe, ses marchés colorés et son volcan qui ne dort que d'un œil. La Réunion, un petit bout de France au milieu de l'océan indien, le paradis sur terre pour des touristes avides d'exotisme et de farniente. C'est ici que Martial et Liane Bellion passent quelques jours de vacances avec leur fille de 6 ans surnommée Sofa. Les jours s'écoulent entre bronzette et trempette dans la piscine jusqu'à cet après-midi affreux où Liane remontent dans la chambre d'hôtel pour ne plus réapparaître. Affolé, Martial fait appeler la gendarmerie qui conclut dans un premier temps à une fugue. Puis les événements se précipitent, les témoignages sont accablants pour Martial qui devient le principal suspect du capitaine Aja Purvi. Alors Martial fuit avec Sofa et la chasse à l'homme commence.

Éblouissant dans "Nymphéas noirs", original dans "Un avion sans elle", Michel Bussi est ici plus convenu dans le déroulement de son intrigue et les défauts s'accumulent. Après une présentation des personnages, arrive la course-poursuite et elle s'éternise jusqu'à la fin. Indices et fausses pistes sont cette fois un peu téléphonés, on sent les ficelles, on se laisse promener en sachant qu'on se fait avoir, tout cela manque de subtilité. Côté ambiance, on a parfois l'impression de lire un guide touristique sur La Réunion relevé de quelques appréciations sociologiques. Regardez comme la mer est belle, imaginez-vous escaladant le Piton de la Fournaise, comme ce serait bien de rouler cheveux au vent sur la route de la côte ou d'acheter une goyave fraîchement cueillie sur un marché traditionnel. Écoutez le parler typique de l'île ! Voyez comme la population est métissée, colorée, mais vit en parfaite entente. Oh ! Mais ne vous laissez pas abuser par la carte postale ! Regardez la misère, la drogue, l'alcoolisme, les mères célibataires, les famille entières vivant des seules allocations... Bref, on a droit à un panorama, vaste mais artificiel, de tout ce qu'il faut savoir sur l'île. Les personnages ne sauvent pas l'affaire, les flics sont des caricatures, le couple Martial/Liane peu convaincant, la petite fille un peu trop mature dans ses réflexions. Bref, une déception inattendue.

Pense à demain, roman
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 12,70 €
Anne-Marie Garat

Paris, 1962. La France oublie la guerre et se repaît du boum économique des Trente Glorieuses. Le pays produit et construit, résolument tourné vers l'avenir et sa jeunesse se cherche. Comme Christine Lewenthal qui traîne son ennui dans les rues désertes du 15 août. La fille chérie de Camille Galay et Simon Lewenthal a presque oublié son père mort dans un camp de la mort et n'est pas proche d'une mère brisée par la perte de son mari. De sa famille, de la guerre, elle ne sait rien. Héritière des entreprises B&G, arrière-petite-fille de Madame Mathilde, la jeune Christine n'a même jamais mis les pieds au Mesnil, dans la demeure familiale dont il ne reste que des ruines. Mais là-bas, on se souvient encore très bien des Bertin-Galay. Aux Armand, les Donné continuent d'exploiter la ferme qui désormais leur appartient. Seul Antoine a quitté la campagne, pour se mêler de cinéma à Nanterre. Il déteste la maison de maître dont les restes calcinés le narguent à chacun de ses passages. Il est d'ailleurs circonspect quand il croise un étranger dans le jardin abandonné de la demeure. Que cherche Alex ? Il dit avoir mis la main sur des films odieux prouvant que Pierre Galay, le médecin de la famille, aurait commis des exactions en Birmanie au début du siècle. Ce jeune chercheur est bien décidé à remonter la piste et à creuser l'histoire de la riche famille. À mille lieues de ces considérations, le député Guillemot, de la branche ennemie de la famille, marie sa fille Viviane. L'homme nage dans le bonheur, il revit dans les bras de sa jeune maîtresse et attend un poste de ministre à brève échéance. Pourtant, aussi profond qu'on enterre le passé, arrive un jour où il revient frapper sur l'épaule de celui qui a voulu tout oublié. Actes héroïques ou mauvaises actions, l'heure des comptes a sonné.

Suite et fin de la fresque familiale d'Anne-Marie Garat. On retrouve dans ce troisième et dernier volet les Bertin-Galay, champions de l'agro-alimentaire et, les Guillemot, issus de la branche cousine, qui tâtent de la politique et les Donné qui ont longtemps servi les Bertin-Galay, avant que Madame Mathilde ne leur offre leur lopin de terre. Christine, Viviane et Antoine incarnent ces trois familles et sont le fruit des alliances, des secrets, des crimes même de leurs aînés. Mais les silences de leurs parents les ont privé d'un passé dont ils ne connaissent rien. Secoués par l'arrivée dans le groupe de Leni, une jeune Allemande engagée, ils découvrent véritablement la guerre et ses horreurs, la collaboration et la résistance. Mais eux dans tout cela, qu'ont-ils à prouver, à défendre ? Dans un monde où tout va de plus en plus vite mais où plane l'ombre de la guerre froide, la jeune génération peine à se trouver un idéal. La France tend vers la prospérité, les paysans deviennent des agriculteurs et voient leurs terres menacées par l'expansion des villes. En banlieue, les barres d'immeuble poussent comme des champignons. Le pays est en pleine mutation. Mais la guerre n'est pas loin et certains secrets ne demandent qu'à être révélés. Les résistants de la dernière heure, et collabos de la première, s'en sont sortis impunis, blanchis, vierges. L'épée de Damoclès de la justice et de la vengeance planent au-dessus de leurs têtes...
Anne-Marie Garat clôt son roman-fleuve comme elle l'a commencé, toujours avec la même élégance, le souci du détail, le subtil mélange d'histoires intimes et de grande Histoire. Roman populaire, feuilletonesque qui va puiser ses influences chez Zola, Maupassant ou Hugo, cette saga se dévore malgré sa longueur. Il est d'ailleurs conseillé de les lire à la suite pour ne pas se perdre dans les méandres de ces histoires qui s'entrecroisent. Cette conclusion apporte des réponses mais aussi des questions sur la mémoire, l'hérédité, la transmission et le Mal. Les hommes sont-ils maîtres de leur destin ou se trouvent-ils dans la main du diable ? Un diable qui se rit de l'Humanité et la laisse vivre juste parce qu'il aime la voir mourir lentement...

Tours et détours de la vilaine fille
En stock, expédié lundi 9,50 €
Mario Vargas Llosa

Orphelin élevé par sa tante dans le quartier chic de Miraflores à Lima, Ricardo tombe irrémédiablement amoureux de Lily, une petite Chilienne délurée qui n'a que faire de l'adolescent transi et préfère ne pas s'attacher. Dix ans plus tard, alors qu'il est installé à Paris, son cœur bat pour Arlette, une guérillera péruvienne en transit en France avant d'aller se former à la révolution à Cuba. Plus tard, c'est l'élégante Madame Arnoux, l'épouse d'un diplomate français, qui lui tourne la tête avant de se faire la belle avec un autre homme et les économies de son mari. Traducteur et interprète pour l'ONU, Ricardo est amené à voyager à travers l'Europe et en Angleterre, il s'éprend de Mrs Richardson, la femme d'un aristocrate anglais éleveur de chevaux. Quand elle aussi finit par disparaître, il jette son dévolu sur Kuriko, la maîtresse soumise d'un yakuza japonais, croisée à Tokyo. Le brave Ricardo serait-il un cœur d'artichaut ? Que nenni ! Ricardo est un "bon garçon", un amoureux fidèle toute sa vie, épris de la même femme, une "vilaine fille" qui change d'identité comme de robe, qui refuse son romantisme, ses "cucuteries", ses demandes en mariages, toujours à la recherche d'un meilleur parti, d'une meilleure situation. Pourtant, le bon garçon n'aime pas en vain la vilaine fille. Elle l'aime aussi, à sa façon cruelle, se servant de lui, lui mentant, le trahissant, le quittant, lui brisant le cœur à chaque fois un peu plus.

L'histoire d'amour improbable et passionnelle entre un interprète un peu terne et une croqueuse de diamants frivole. Mais ce ne sont là que les apparences. Derrière la vie plate et routinière de Ricardo se cache un homme capable de grandes choses par amour : traverser le globe, s'endetter, soutenir, souffrir, pleurer et la vilaine fille n'est pas que mépris et traîtrise, elle sait aussi se faire tendre, enjôleuse, amoureuse. Le lien qui les unit, tissé pendant leur adolescence péruvienne, se tend et se détend mais jamais ne lâche, même si la vilaine fille s'en défend, même quand le bon garçon veut tourner la page. Mais Mario Vargas Llosa ne se contente pas de raconter l'amour, il inscrit aussi son histoire dans la grande Histoire et en profite pour évoquer en vrac la révolution cubaine, les guérillas en Amérique Latine, la situation politique et économique du Pérou, le sida, mais aussi des sujets plus légers comme le mouvement hippy londonien. C'est aussi le roman de la solitude de l'exilé, ce déraciné qui n'est jamais tout à fait d'ici et plus totalement d'ailleurs.
Un bien beau roman, drôle et émouvant, porté par deux héros étonnants entraînés dans une histoire d'amour rocambolesque et entourés de personnages secondaires hauts en couleurs.