Identifiez-vous
Panier (0) articles

Voir le panier

Avis de lecteur

sandrine57

sandrine57
Des cercueils trop fleuris, roman policier
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 7,60 €
Misa Yamamura

De Tokyo à Kyoto, les écoles d'ikebana sont en émoi depuis que Catherine Turner, le fille chérie du vice-président américain, a annoncé qu'elle s'installait au Japon pour quelques mois afin de s'initier à cet art floral traditionnel. Chaperonnée par Ichiro Hamaguchi, le neveu du ministre des Affaires Étrangères, et courtisée par les grands maîtres des cinq principales écoles, Miss Catherine a cependant une idée bien précise en tête. Tombée amoureuse du travail de Maiko Ogawa lors d'une exposition à New York, c'est avec elle, et elle seule, qu'elle souhaite commencer sa formation. Or, la jeune femme, qui vient d'en dénoncer les pratiques archaïques, est en froid avec son école et demeure introuvable. Quand elle réapparaît, elle est morte, empoisonnée, dans un temple à Kyoto. Et ce n'est que le premier d'une série de meurtres qui vient bouleverser le monde feutré de l'ikebana. Loin de la refroidir, la situation excite Catherine qui se targue d'être la "vice-présidente du Club des Maîtres du Mystère" de son université. Au grand dam des autorités japonaises, elle se lance dans l'enquête, secondé par un Ichiro, très sensible au charme effronté de la belle américaine.

Dépaysement garanti pour cette enquête complexe dans le monde tout aussi complexe de l'ikebana. Car si, vu de l'extérieur, cet univers n'est que grâce, délicatesse et douceur, en son sein se déchaînent les passions, les rivalités, les rancœurs. Loin d'être tournés uniquement vers leur art, les grands maîtres manient les pots de vin, usent de la corruption et de l'intimidation, trempent dans diverses magouilles et autres fraudes fiscales. Derrière l'harmonie des fleurs se cache un monde régi par des règles archaïques et contaminé par la très moderne course à l'argent.
À partir de ce thème très japonais, Misa Yamamura construit une intrigue à l'occidentale, comme un hommage aux grands noms de la littérature policière. Plusieurs meurtres particulièrement travaillés, un tueur retors qui se joue de la police, une énigme en chambre close, deux détectives amateurs, on sent bien l'admiration de l'auteure pour Agatha Christie, Maurice Leblanc, Gaston Leroux ou Conan Doyle.
Ce n'est pas le polar du siècle mais le rythme est enlevé, l'humour omniprésent et l'identité du coupable n'est révélée qu'à la toute fin. De plus, la promenade dans la très pittoresque Kyoto ajoute au dépaysement. Une lecture très plaisante.

L'Ile aux trente cercueils
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 5,90 €
Maurice Leblanc

En 1902, alors qu'elle n'est qu'une toute jeune fille, Virginie d'Hergemont est enlevée par Alexis Vorski, un comte polonais à la réputation sulfureuse. Ces deux-là s'aiment mais Antoine d'Hergemont, le père de Virginie ayant rejeté toutes les demandes du gentilhomme, celui-ci a inventé ce stratagème pour lui forcer la main. Le mariage a donc lieu mais le père jure de se venger de cette ignominie. Aussi, un an plus tard, quand Virginie met au monde un petit garçon, Antoine l'enlève à son tour. Malheureusement, le yacht sur lequel il fuit sombre en mer et le grand-père et son petit-fils sont déclarés morts. Dévastée, Virginie quitte un mari joueur, violent et volage pour prendre le voile.
Quatorze années plus tard, la jeune femme n'est plus dans les ordres. Elle s'est installée à Besançon où elle mène une vie tranquille, se sachant veuve d'un Vorski mort à la guerre. Pourtant une découverte va venir bouleverser son quotidien. Au hasard d'une séance de cinéma, Virginie voit clairement ses initiales, V.d'H., dessinée sur une cabane quelque part en Bretagne. Aussitôt, elle part pour Le Faouët où ce V.d'H apparaît ça et là, la conduisant vers l'île de Sarek, de sinistre réputation, qu'on appelle l'île aux trente cercueils. Folle de joie, elle apprend que son père et son fils François sont vivants. Mais les retrouvailles qu'elle espère de tout son cœur sont différées par une série d'évènements terribles. L'île est maudite et l'heure de la prophétie a sonné.

De L'île aux trente cercueils, on garde en mémoire la série des années 70 où Claude Jade incarnait à merveille une Virginie d'Hergemont aux prises avec les forces du mal planant sur Sarek. Il y a le même sentiment d'angoisse dans le livre de Maurice Leblanc, du moins dans sa première partie quand Virginie découvre l'île et qu'elle prend connaissance de la prophétie qui annonce trente morts pour trente cercueils et quatre femmes en croix, prophétie qui fait écho à une prédiction faite à son époux qui devait mourir de la main d'un ami tandis que sa femme serait crucifiée.
Île isolée, ambiance mystérieuse, vieilles légendes bretonnes, miracles, trésor caché, morts en série... tout est en place pour faire monter une tension extrême... Et puis plouf ! Alors que dans la série le personnage d'Arsène Lupin n'apparaissait pas, dans le livre il arrive, tel un deus ex machina, pour sauver tout le monde, enfin ceux qui ont réussi à échapper à la mort. Et là, l'aventure prend un tour grotesque. Vieux druide barbu ou noble italien, Lupin est un fat grandiloquent censé apporter une touche d'humour en se jouant du méchant mais il ne fait qu'enlever au charme d'une histoire qui jusque là flirtait avec le fantastique et le mythe, pour en faire une farce burlesque.
Une curiosité, à lire par nostalgie.

La punition qu'elle mérite
En stock, expédié aujourd'hui 23,50 €
Elizabeth George

Accusé anonymement de pédophilie, Ian Druitt, le jeune diacre hyperactif de Ludlow, une petite ville tranquille du Shropshire, s'est suicidé juste après son arrestation. Appréhendé par un îlotier, il attendait son transfert vers Shrewsbury quand il s'est pendu dans sa cellule, alors que le policier s'occupait d'une beuverie d'étudiants dans les pubs du centre ville. Certes, il n'aurait pas du être seul, certes il aurait du être fouillé plus minutieusement, mais le suicide ne faisant aucun doute, la police classe rapidement l'affaire. Pourtant, Clive Druitt, le père du diacre, a des doutes. Son fils était un homme de Dieu, incapable de faire du mal à un enfant ou de mettre fin à ses jours. Il use de son influence pour faire pression sur son député qui, lui-même, force Scotland Yard à reprendre l'enquête. La commissaire Isabelle Ardery, engluée dans un procès avec son ex-mari qui s'apprêtent à emmener leurs jumeaux en Nouvelle-Zélande, se passerait bien d'un séjour dans le Shropshire. Mais elle n'a pas le choix et doit accepter cette mission dont le seul but est de prouver que les policiers locaux n'ont commis aucune faute. C'est l'occasion aussi de tester Barbara Havers qu'elle rêve de voir muter à l'autre bout du pays. Après une brève enquête, elle pense en avoir fini avec ce cas mais Barbara ne l'entend pas de cette oreille. Méticuleuse et intuitive, le sergent soupçonne un meurtre et obtient, de haute lutte, de poursuivre les investigations. L'inspecteur Linley, son plus fidèle soutien, se joint à elle pour démêler les fils de cette sordide affaire.

Pour cette vingtième enquête, Elizabeth George délocalise ses héros dans le Shropshire. C'est l'occasion de découvrir la pimpante Ludlow avec ses ruelles pavées, son château, ses pubs, son université et ses habitants qui cachent bien des secrets. Car pour échapper à la routine du quotidien, la petite communauté ne profite pas de la beauté de la campagne anglaise mais aurait plutôt tendance à se vautrer dans le vice. La reine du crime semble avoir été sponsorisée par le Ministère de la Santé pour dénoncer les addictions en tout genre. A Ludlow, on se drogue, on boit, on fume et on copule à tout va. Et quand on est mère, on est possessive, dirigiste, trop protectrice. A tel point, qu'on peut reprocher à l'auteure d'avoir un peu forcé le trait avec cette brochette de dépendants qui, de plus, mentent comme ils respirent. Difficile pour les enquêteurs de trouver la vérité tant ce mot semble absent du vocabulaire des habitants du lieu. Heureusement, on passe outre ses petits défauts pour retrouver avec plaisir le duo Barbara/Linley. Si dans la première partie du roman, c'est Isabelle Ardery qui mène, tant bien que mal, la danse, quand l'inspecteur arrive l'atmosphère change. L'insupportable commissaire retourne à Londres et l'aristocratique Linley prend la relève. On peut enfin se délecter de ses échanges avec Barbara et profiter de leur complicité. Ils restent le point fort de la série. Un peu fade lors des deux ou trois derniers opus, Linley revient en force, toujours aussi beau, élégant, cultivé et seul à pouvoir calmer les ardeurs d'une Barbara peu soucieuse des ordres et de la hiérarchie. Un tandem épatant dont la vie privée fait aussi le sel de ces enquêtes. Même si les choses avancent lentement pour l'inspecteur amoureux d'une belle vétérinaire trop distante et que Barbara est toujours désespérément seule, on attend la suite avec impatience. Il pourrait y avoir de la romance dans l'air pour la policière débraillée et nouvellement star des claquettes. A suivre !

Les versets sataniques
Indisponible sur notre site
Salman Rushdie

Pris en otage par des terroristes, le jumbo jet Bostan, vol Bombay-Londres AI-420, explose en plein vol ne laissant aucun espoir aux voyageurs. Pourtant, deux hommes survivent : Gibreel Farishta et Saladin Chamcha. Le premier est un célèbre acteur de Bollywood, une star adulé par le public indien, le second est un comédien lui aussi, installé en Angleterre où il vit du doublage de voix, la peau sans doute trop sombre pour obtenir un vrai rôle. C'est en chantant que les deux hommes atterrissent sur une plage anglaise, sauvés de l'explosion, mais transformés pour toujours. Gibreel devient l'ange Gabriel tandis que Saladin, affublé de cornes, de sabots et d'une queue, devient Cheytan, l'incarnation du diable sur terre.

Ainsi commencent "Les versets sataniques" qui, avant même la parution officielle, auront fait couler beaucoup d'encre et de sang. Inutile de revenir sur la fatwa, les autodafés, les exécutions, les attentats qui furent le fait d'extrémistes illuminés s'étant sentis humiliés et méprisés, par cette œuvre, selon eux, anti-islamique et blasphématoire. Pour le profane, le livre se présente comme un comte, à caractère religieux certes, mais qui évoque aussi des sujets universels comme la lutte entre le Bien et le Mal, l'exil, le déracinement, la famille, le racisme, l'amour, la vie, la mort, la foi, etc.
Teintée d'onirisme et de réalisme magique, l’œuvre, complexe, tourbillonnante, difficile d'accès, puise aussi ses sources dans la réalité. Salman Rushdie s'est inspiré de faits réels pour nourrir son roman, à commencer par l'attentat contre un avion d'Air India en 1985. On y croise aussi l'ayatollah Khomeini sous les traits d'un religieux dévorant son peuple, ou encore des fanatiques chiites persuadés que la mer s'ouvrirait devant eux comme devant Moïse et morts noyés en 1983. Mais bien sûr, le cœur du sujet est la vie et l’œuvre du prophète Mahomet et l'épisode controversé des versets sataniques. Renommé Mahound, le prophète est à Jahiliya (La Mecque) où il tente d'imposer le monothéisme quand Satan, sous les traits de l'ange Gabriel, le convainc d'accepter au côté de Dieu, les trois déesses vénérées dans la ville. L'épisode de cette concession au polythéisme qui met en cause un Dieu unique est vivement controversé par les musulmans et c'est ce qui a mis le feu aux poudres, plongeant l'écrivain dans le chaos d'une vie sous la menace d'une fatwa décrétée par un ayatollah iranien. Pourtant, Rushdie a bel et bien écrit un ROMAN qui laisse la place à son imagination foisonnante, certes inspirée par les mythes et légendes propres à sa religion, mais qui doit avant tout être lu comme une histoire inventée et non un pamphlet ou une exégèse.
Si l'on se détache des polémiques, il reste une vraie aventure littéraire, une montagne difficile à gravir qui nécessite une attention constante et qu'on referme avec la satisfaction, voire la fierté, d'en avoir atteint le sommet.

La Petite Trotteuse
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 6,80 €
Michèle Lesbre

Anne visite des maisons à vendre. Des maisons vides qu'elle remplit de ses souvenirs, ceux de son père adoré mort trente ans plus tôt. Trente années de silence, trente croquis qu'il a laissés, trente maisons à visiter. Car pour Anne, c'est la fin du parcours. Elle va visiter la trentième maison, la dernière. Dans une petite station balnéaire, elle s'installe dans une pension pas très loin du hameau isolé où l'attend son dernier rendez-vous avec l'absence paternelle. À la pension, un chat roux lui rappelle Izou, le chat de son père, le seul être avec qui il communiquait. Car son père était un taiseux, un de ces hommes qui n'exprime pas facilement leur amour. Au point qu'Anne, qui ne sait presque rien de lui, est obligée de reconstituer bribe par bribe les chagrins, les joies, les désespoirs, les moments heureux de son enfance auprès de lui. Dans la dernière maison près de la plage, saura-t-elle trouver la force de faire enfin son deuil ?

Roman intimiste et nostalgique, La petite trotteuse nous emmène dans le sillage d'une femme qui essaye de se guérir de son enfance. Dans les maisons qu'elle visite, elle capte les vies passées et ses propres souvenirs affleurent : la guerre et les bombardements, sa mère, froide, son père, malheureux, le chat et le décès, brutal, ses fouilles infructueuses pour trouver un message à elle seule destiné. Plus tard elle a retrouvé ses croquis et sa montre. Une montre qu'il fallait remonter pour réveiller la petite trotteuse, une montre dont le tic-tac a bercé son enfance. Une montre qui ne la quitte plus mais dont la trotteuse s'est tue...
Il ne se passe pas grand chose dans ce roman de Michèle Lesbre. Des souvenirs, de brèves rencontres, des sentiments, des silences, une absence. C'est pour son atmosphère, sa poésie, sa délicatesse que l'on s'y attarde. Pour s'imprégner d'une ambiance nostalgique au côté d'une héroïne touchante dans sa quête du passé, dans son travail de deuil, long mais sur le point de s'achever. Une lecture douce, en forme de parenthèse. Des instantanés d'une France profonde, un peu somnolente, hors du temps. Une belle découverte.