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De 1834 à 1882
Auguste-Carolin-Jean Fontaine

Auguste-Carolin-Jean Fontaine est né en 1813 à Montsurvent, petite commune des environs de Coutances, dans la Manche. Comme beaucoup de Normands de ce département, il était venu à Paris dès son jeune âge pour y chercher fortune dans la librairie. On sait que plusieurs grands libraires parisiens du début du XIXe siècle étaient Normands. A peine âgé de quinze ans, il entra comme petit commis chez un libraire nommé Leroi, place du Louvre, et au bout de deux ou trois ans ce dernier lui donna à tenir une petite boutique, ou plutôt un étalage, d’abord dans le passage Vero-Dodat et ensuite rue Montesquieu.

Doué d’une grande activité et d’une nature très entreprenante, le jeune Fontaine ne tarda pas à songer à s’établir. Il s’associa bientôt avec un autre commis libraire, plus âgé que lui de quelques années et très sérieux, Monsieur Dauvin, et en 1834, il avait 21 ans, ils fondèrent ensemble, au 35 passage des Panoramas, la maison qui devait acquérir une si grande importance. Pendant une vingtaine d’années les deux associés ne vendirent guère que des livres modernes courants et des livres d'étrennes, dont ils se créèrent une spécialité qui devait devenir pour eux très lucrative.

L Le succès leur permit de s’agrandir en achetant deux boutiques attenantes 36 Passage des Panoramas et 1&10 Galerie de la Bourse. Quant aux livres anciens et surtout aux livres précieux, ce ne fut qu’après la retraite de Monsieur Dauvin, vers 1854, que Monsieur Fontaine commença à s’en occuper. Il fut un précurseur semble-t-il, car ces ouvrages n’avaient pas la faveur du public.

Le bibliophile Jacob écrit que : « c’est Monsieur Fontaine qui a créé ce qu’on peut nommer la librairie de luxe ou l’industrie des beaux livres ; c’est lui qui a remis en honneur les chefs-d’œuvre typographiques de Pierre Didot ainé, qui a fait remonter à si haut prix les classiques français, qui a fait remonter la valeur des magnifiques éditions anciennes de Voltaire, Buffon, J.J. Rousseau qu’on avait complètement laissées de côté comme trop volumineuses ».

Charles Nodier vantait les libraires de son époque qui font des livres. Il y avait à Paris plusieurs libraires qui faisaient des livres anciens mais Monsieur Fontaine était le seul à faire des livres modernes qu’il faisait habiller somptueusement par les Maîtres relieurs de cette époque, les Cuzin, Capé, David, Trautz-Bauzonnet.

Libraire de la Cour

Monsieur Fontaine était devenu le dépositaire des fers armoriés destinés à être apposés sur les reliures des ouvrages de leur bibliothèque personnelle. Il devenait bientôt libraire de la Cour sous le règne de Louis-Philippe et à la Restauration de l’Empire Prosper Mérimée le fit désigner pour former la bibliothèque de S.M. l’Impératrice ce qui lui mérita le titre de fournisseur de la Cour.

Une chronique de l’époque indique : « Il est presque inutile de tracer le portrait de cet homme que tout Paris connait, car il n’est personne qui ne passe devant sa porte, où on le voit à chaque instant apparaître pour guetter et arrêter presque de force ses clients, sans remarquer ce petit homme gros et court, plein de bonhommie et d’exubérance, emplissant de ses éclats de voix le passage des Panoramas, dans lequel il est à l’aise comme dans ses appartements. Sa familiarité est typique et entrainante et lorsqu’il tient un client il ne le laisse jamais sortir sans lui avoir vendu quelque chose, fût-ce un volume de 1 Fr 25 ou un volume de 10.000 Frs »..

C’est Auguste Fontaine qui déclarait à P.L. Jacob : « L’amour des livres vient par les yeux. Mettez des livres bien reliés devant la personne du monde la plus indifférente ou même la plus ignorante, elle finira par s’y prendre comme à la vue d’un bijou, car plus on voit les beaux livres, plus on les aime ». Monsieur Fontaine était d’une activité prodigieuse, étonnante même jusqu’à la fin de sa vie, son ardeur commerciale ne s’étant pas ralentie depuis sa jeunesse. Dans sa maison il s’occupait de tout, il avait l’œil partout, et les plus petites choses attiraient son attention.

À la fin de sa vie il eut à traiter de grandes affaires et fit d’importantes acquisitions dans les ventes publiques dépassant parfois la centaine de mille francs de l’époque comme aux ventes de M. Didot, Pichon, Potier, Turner, de Ganay. En 1882, le 20 Février, après une courte maladie il meurt chez lui. La « Chronique de l’Imprimerie et de la Librairie » du Cercle de la Librairie, dont Monsieur Fontaine était membre fondateur, à l’époque présidé par Monsieur Hachette fait paraître une notice nécrologique : « La librairie française vient de faire une perte très douloureuse. Monsieur Fontaine, le libraire si connu du passage des Panoramas, est mort à Paris, il y a quelques jours, après une courte et bien terrible maladie. Un phlegmon diffus, cet affreux mal qui ne pardonne presque jamais, et dont il avait sans doute en lui le germe depuis quelque temps, s’était déclaré à un doigt de pied. Monsieur Fontaine, toujours si vif et si remuant, n’y pris pas garde d’abord, et c’est seulement lorsqu’il lui fut impossible de marcher qu’il consulta un médecin. Il fallut se mettre au lit tout de suite et dès le lendemain un chirurgien appelé en toute hâte dut lui faire subir une première opération. Mais il était trop tard et le mal avait déjà envahi une grande surface, de sorte que les pansements et les cautérisations réitérées, l’amputation même du doigt atteint, ne purent le sauver. Malgré les soins les plus énergiques et les plus empressés, qui lui furent prodigués avec un véritable dévouement par son ami le docteur Leclere et par le fameux chirurgien docteur Labbé, le mal fit des progrès effrayants et tout fut inutile ; il succomba au bout de huit jours, le Lundi matin 20 février ». .

Cette mort imprévue et, on peut le dire aussi, prématurée, car Monsieur Fontaine n’avait que soixante-huit ans, produisit aussitôt une vive émotion. Son convoi fut suivi le lendemain par un très grand nombre de connaissances, d’amis et de confrères, plus de deux mille personnes, écrivit-on dans un journal Son fils Paul et son gendre qui travaillaient avec lui depuis quelques années prirent la direction de la librairie.

Le passage des Panoramas

Au début de l’année 1834 s’ouvrait dans le passage des Panoramas une modeste boutique de librairie. Le jeune Auguste Fontaine avait pensé que, dans ce passage, si en vogue à cette époque, il aurait la chance de réussir.

Il ne s’était pas trompé. Grâce à son activité, à son affabilité, il sut attirer les clients et bientôt trop à l’étroit dans sa petite boutique, il dut y adjoindre successivement les magasins voisins.

La vogue des grands classiques français incita Monsieur Fontaine à publier divers ouvrages de bibliographie et d’iconographie. C’est ainsi que virent successivement le jour « La Bibliographie Cornélienne » par Félix Picot,

« La bibliographie et iconographie Moliéresque » par Paul Lacroix (Bibliophile Jacob). Ce dernier lui confia également la publication de sa « Bibliographie et iconologie de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne ».

Monsieur Fontaine savait s’entourer de collaborateurs qu’il formait et instruisait. C’est auprès de lui que Damascène Morgand débuta et acquit les connaissances qui firent de lui un des plus éminents et des plus savants libraires français.

Un des plus éminents bibliophiles modernes, le baron Stéphane de Lagardel a écrit en 1867 un opuscule élégant décrivant l’histoire de la Librairie Fontaine dont nous tirons ci-dessous quelques éléments.

Les premières années du XIXe siècle avaient vu s’affaiblir et même presque disparaître le commerce des livres de luxe, malgré l’intérêt que portait Napoléon Ier aux belles productions de l’art typographique et les efforts de la Restauration, la société née de la révolution n’était plus dominée par tout ce qui était empreint d’un caractère de noblesse et de grandeur. « Aussi entendions-nous, écrit le baron de Lagardel, il y a trente ans les bibliophiles rappeler avec amour et regret le souvenir de ce XVIIIe siècle qui a voué une sorte de culte aux livres de luxe, qui vit naître tant de magnifiques éditions, tant de splendides reliures. L’industrie des beaux livres était à peine connue ou plutôt n’était plus qu’un brillant souvenir. Les libraires vendaient leurs livres brochés. Les acheteurs comme les bibliophiles se contentaient d’un simple cartonnage ou tout au plus d’une reliure commune. Mais parmi nous le goût des belles choses n’éprouve jamais qu’un temps d’arrêt. Depuis vingt ans le commerce des livres de luxe a deux fois centuplé ses recettes annuelles. De nos jours le goût des beaux livres a pénétré dans toutes les classes de la société. Dans l’hôtel du riche vous trouverez la bibliothèque garnie de livres de luxe, d’éditions rares et curieuses. Vous trouverez une partie des mêmes richesses dans le cabinet de la bourgeoise, de l’industriel ou du commerçant. Les jeunes hommes et surtout les femmes en font une question de délicatesse, de goût et de bon ton. L’histoire de cette renaissance se lie étroitement à l’histoire d’une librairie parisienne dont il n’est pas sans intérêt de connaître l’origine, les progrès et la situation actuelle ».

CCelui dont Monsieur de Lagardel parle avec tant d’éloquence et dont il fait un éloge mérité par une carrière qui représente alors plus de trente années de travail et d’efforts, n’est autre qu’Auguste Fontaine, devenu à cette époque les libraire le plus réputé en France et à l’étranger.

Installé en 1834 dans le passage des Panoramas qui devait son nom aux panoramas de Rome, Naples et Florence peints par Pierre Prévost à sa construction par l’ingénieur Robert Fulton, il profita de l’habitude que les parisiens avaient de s’y promener. Le voisinage de maisons célèbres, telles celles de Franscati fermé en 1837, ou du graveur Stern qui existe toujours, attire dans ce passage une clientèle riche, élégante. La bourgeoisie n’étale pas la splendeur de son luxe. Elle est prudente car elle croit avoir résolu le problème de marier la Révolution avec la Monarchie. Les luttes du Parnasse où le Romantisme entre en guerre avec le Classique accaparent une bonne part de ses capacités combatives.

L’explosion du Romantisme facilite la renaissance de la librairie parisienne. Deux écoles se trouvant en présence, le goût de la lecture se répand. Nodier, Balzac, Hugo, Vigny, Dumas, Musset, Mérimée, Lamartine sont les auteurs nouveaux. La bataille romantique est engagée, on lutte à coup de strophes, de rimes, les vers sont des boulets qui assassinent, il faut des munitions, on se dispute les auteurs de la Pléiade, les libraires n’arrivent plus à fournir les œuvres de Ronsard Malherbe, du Bellay, d’Aubigné. Les œuvres de Corneille, Racine, sont en nombre trop restreint pour satisfaire aux demandes d’une élite littéraire toute passionnée d’amour, de gloire et de liberté. Les clameurs du Palais-Royal voisin saluent les succès et, dans le passage des Panoramas, les amateurs, fins lettrés, critiques ou amis des belles éditions aux splendides reliures entrent chez Auguste Fontaine. A sa fondation cette librairie se faisait modeste parmi les établissements du passage. Mais Monsieur Fontaine était un homme actif, intelligent, épris de l’amour du beau, animé du feu sacré qui lui acquit rapidement une grande renommée auprès des savants, littérateurs et bibliophiles qui se donnaient rendez-vous dans sa boutique, admirant son habileté, son énergie et sa persévérance. Ils y trouvaient les ouvrages à leurs goûts.

Catalogues de bibliophilie

Ayant ressuscité en France et même à l’étranger la passion des livres de luxe, des riches éditions et des splendides reliures, Auguste Fontaine accumula en une vingtaine d’années de véritables trésors. C’est à cette époque, vers 1857, qu’il prit pour le seconder Damascène Morgand qui devait devenir par la suite un des principaux et des plus célèbres libraires parisien après l’avoir quitté en 1875. Durant leur collaboration à la fois érudite et commerciale la librairie fit paraître des catalogues annuels et détaillés, exacts et minutieux dont la présentation fut demandée au bibliophile Jacob (alias Paul Lacroix) bibliothécaire de l’Arsenal. Dans sa préface pour l’année 1857 Paul Lacroix, présentant ces catalogues, fait l’éloge de ces sélections :
« On a vu quelques libraires en vogue s’attacher à donner satisfaction aux désirs, aux exigences des bibliophiles, en leur donnant des catalogues à prix marqués qui sont devenus de véritables répertoires bibliotechniques à l’usage des acheteurs de beaux livres. Monsieur Auguste Fontaine est celui qui a porté au plus haut degré de perfection ce genre. Les énormes volumes dans lesquels il expose chaque année les trésors de sa librairie, sembleraient même avoir pour principal objet de faire suite au Manuel du Libraire et de le compléter avec éclat, car on y rencontre une foule de raretés et de curiosités bibliographiques que Monsieur Brunet n’a pas connues. De plus la description des livres qui s’y trouvent réunis est aussi exacte, aussi abondante, aussi minutieuse qu’elle pourrait l’être dans les meilleures bibliographies raisonnées.
Aussi en lisant de tels catalogues est-on forcé de reconnaître que certaines parties du Manuel du Libraire sont à refaire pour une nouvelle édition et que le savant Pierre Deschamps, à qui revient l’honneur de continuer et d’achever l’œuvre de Brunet, ne saurait mieux faire que de copier quelques-unes des descriptions de ces catalogues. Mais ce qui fait la véritable richesse bibliographique du catalogue Fontaine, ce sont les éditions originales des classiques français, surtout celles de Corneille, Racine et Molière.
Aux bibliophiles de notre temps appartient uniquement l’honneur d’avoir fait sortir de la poussière et de l’oubli où elles étaient ensevelies ces originales qui sont la gloire de la bibliophilie française. C’est à tous ces amateurs grands et petits que Monsieur Fontaine a pensé en faisant imprimer son nouveau catalogue qui ne reproduit pas les précédents et qui accuse, par le choix des livres qu’on y admire, le goût dominant de la bibliophilie, de la bibliomanie : livres à figures du XVIIIe siècle, reliures anciennes en maroquin de notable provenance et surtout reliures miraculeuses de Trautz, Bauzonnet, éditions originales de Boileau, La Fontaine, Corneille, Molière, Racine et (je ne le dirai que bien bas de peur d’être intéressé à la chose) de ce scélérat de Restif de la Bretonne que la critique de son temps croyait avoir étouffé dans le ruisseau et qui en est sorti effrontément pour se faire une apothéose dans l’olympe de la bibliographie »
.

Paul Lacroix présente ensuite les principaux clients d’Auguste Fontaine : « Comme Le Tasse énumérant les chefs de la croisade dans La Jérusalem Délivrée, je veux classer en trois ou quatre catégories les grands amateurs qui commandent le bataillon sacré de la bibliophilie française. Je n’ai pas la prétention de les connaître tous aussi bien que Monsieur Fontaine qui a déjà publié exprès pour eux ses catalogues qui représentent le plus bel ensemble de raretés qu’on ait jamais réunies et dont la valeur totale s’élève à plus de cinq millions ! Or tous ces livres ont été vendus dans l’espace de cinq années et il a bien fallu refaire de toutes pièces ce nouveau catalogue adressé aux mêmes amateurs.
Ceux-ci, dont aucun ne manque à l’appel quand on annonce une vente de beaux livres, je me permettrai de les juger par les livres que j’ai vu passer dans leurs mains depuis vingt ans. Je place à leur tête Monseigneur le Duc d’Aumale qui possède une incomparable bibliothèque dans laquelle est venu se fondre celle de Monsieur Cicongne, mais qui malheureusement après l’avoir lui-même formée avec un goût exquis, semble maintenant se désintéresser de la bibliophilie active tout en aimant passionnément les beaux livres.
Monseigneur le Duc d’Aumale fait rebâtir le château de Chantilly pour y loger princièrement sa bibliothèque. On ne parlait jadis que des écuries du Grand Condé, on parlera bientôt de la bibliothèque de Chantilly. Après lui il faut nommer d’abord et avant tout Monsieur le Baron James de Rothschild, le plus ardent, le plus enthousiaste, le plus libéral des bibliophiles depuis que notre regretté ami Ambroise Firmin-Didot n’est plus là pour commander en chef l’armée combinée des bibliophiles et des bibliographes.
Monsieur de Rothschild a réuni à grands frais la collection d’éditions et de pièces gothiques françaises la plus précieuse d’Europe. A la suite je me dois de nommer Monsieur le Baron Jérôme Pichon, président de la société des Bibliophiles français, bibliophile émérite depuis quarante ans qui, trop encombré de livres, s’est décidé avec regrets à faire vendre le tiers de ses collections, vente célèbre qui a produit 500.000 francs et produirait aujourd’hui un bon tiers de plus étant donné la hausse générale du prix des beaux livres. Dans une armée on ne saurait se passer de généraux de division. Monsieur Dutuit, premier bibliophile de Rouen, doyen des bibliophiles français, Monsieur le comte de Lignerolles dont la collection renferme un si grand nombre de pièces historiques des XVe, XVIe et XVIIe siècles en reliures anciennes, Monsieur le Baron de Laroche-Lacarelle qui a formé un musée de reliure plus complet et aussi bien choisi que celui de Motteley détruit dans l’incendie de la bibliothèque du Louvre, et enfin Monsieur Edouard Bocher dont la bibliothèque est trois fois plus nombreuse que celle de Monsieur de Lignerolle et lui permet de revendiquer l’honneur d’être le premier aide de camp bibliophile du Duc d’Aumale.

Nommons ensuite les généraux de brigade : Monsieur de Villeneuve qui recherche les éditions originales des classiques, les pièces historiques, les vieux poètes, les belles reliures ; Monsieur le Marquis de Ganay qui a hérité de son père la passion des belles reliures ; Monsieur le Baron Seillière qui a une collection précieuse de romans de chevalerie, d’éditions du XVe siècle de manuscrits anciens et de livres d’heures ; et enfin Monsieur Léopold Double qui voulut avoir une bibliothèque dans son hôtel tout rempli de meubles historiques et d’objets d’art, s’est défait de celle-ci pour plus de 400.000 Francs car elle devenait trop envahissante, et en a reconstitué une nouvelle qui tient moins de place mais qui n’en vaut pas moins.
D’autres amateurs donnent l’exemple de l’amour des livres et peuvent montrer de brillants états de service dans la bibliophilie. C’est Monsieur le Comte de Sauvage qui a conquis bien des livres précieux bien qu’il habite Bruxelles ; c’est Monsieur Paillet qui, un des premiers, a inauguré la vogue des livres à figures du XVIIIe siècle ; c’est Monsieur l’Abbé Bossuet qui s’est fait un devoir d’accaparer tous les livres annotés par Bossuet et tous les manuscrits autographes de ce dernier ; c’est Monsieur le Baron de Ruble qui conserve la délicieuse bibliothèque de son oncle et qui ne cesse de l’enrichir de nouveaux bijoux ; c’est Monsieur le Comte de Behague amateur de livres illustrés du XVIIIe, de livres avec armoiries et précieuses éditions ; c’est enfin Monsieur le Baron Portalis qui s’est fait en peu d’années une collection très intéressante des plus beaux échantillons de la reliure, de la gravure et de la typographie. Citons enfin parmi les capitaines de la bibliophilie Messieurs Quentin-Bauchard, Michelot, Delicourt, Henry Leroy, le Prince d’Essling, le Duc de Brissac, Bancel, Georges Danyau, Gonzales, le Comte de Foy etc. »

Ainsi décrite la clientèle de la librairie Fontaine représente pour la France les vrais bibliophiles de cette époque. Ces noms évoquent une époque disparue dont les survivants sont rares. Mais ces noms demeurent attachés à notre patrimoine national. Par leurs fortunes et grâce à eux de belles productions ont été sauvées de la destruction et des œuvres sont nées auxquelles les années donnent une valeur artistique et matérielle de plus en plus importante. Ce n’était pas assez pour Monsieur Fontaine d’avoir recueilli ces chefs-d’œuvre, il avait groupé autour de lui tous les talents qui pouvaient les embellir et leur donner un invincible charme. Les relieurs les plus habiles et les plus renommés vinrent le seconder : le célèbre Cape qui sait si bien joindre à la beauté et à la solidité des reliures une élégance et un savoir-faire qui fait le désespoir de ses rivaux, l’inimitable Marius et des doreurs en renom. Sous sa direction l’industrie prit un tel essor que le travail quotidien de nombreux ouvriers suffit à peine à la fabrication des riches reliures. Mais en 1875 son principal collaborateur Damascène Morgand le quitte pour s’établir à son compte. Monsieur Fontaine s’associe pour quelques temps avec Monsieur Jules Lepetit, puis fait entrer dans l’entreprise son fils Paul et son gendre Monsieur Haverna. En 1878 il engage comme commis un Olivier Affolter que l’on retrouvera quelques années plus tard à la tête de la librairie.

En 1882 Monsieur Fontaine meurt, laissant la librairie la plus réputée de Paris à son fils et son gendre Monsieur Haverna qui la cèdent en 1888 à Monsieur Emile Rondeau. Vieil ami de la librairie Fontaine, j’ai cru devoir résumer son curriculum-vitae car j’ai pu apprécier tous les efforts accomplis par ceux qui en assumèrent la direction au cours de son long cycle d’années et la conservèrent bien vivante. Je crois, en fêtant son centenaire, être l’interprète de tous en souhaitant une longue carrière à cette honorable centenaire. Pierre Brillard de Nouvion.

Les 50 ans des
Librairies Fontaine

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De 1888 à 1920
ÉMILE RONDEAU ET JULES & PAUL AFFOLTER
1888 - Émile Rondeau

À la mort d’Auguste Fontaine son fils Paul lui succéda, secondé par un parent proche Emile Fontaine qui avait été le collaborateur de son père. N’ayant que peu de penchant pour la bibliophilie, Paul Fontaine ne conserva que peu d’années la maison paternelle et, en 1888, il la céda à Monsieur Rondeau.

Émile Rondeau avait fait ses premières armes chez Hetzel en qualité de secrétaire de Jules Hetzel père (J.P. Stahl), puis chez Victor Havard. A l’époque à laquelle il prit la direction de la librairie, les passages ainsi que le Palais Royal n’avaient plus le même éclat que jadis. Une opération immobilière démolit la partie du passage des Panoramas où se situait la librairie qui fut transférée au 19 boulevard Montmartre en 1894. Les amateurs commençaient à délaisser les classiques. Des groupements de bibliophiles se formaient, l’édition se transformait : on apportait un soin tout particulier à l’impression et à l’illustration des ouvrages dont on restreignait les tirages. Ce fut l’époque des Conquet, Ferroud, Testard. Non contents de joindre à leurs exemplaires de nombreuses épreuves de luxe, les amateurs désirèrent des reliures moins sévères que celles de Lortic, Cuzin.

Pour ces livres souvent enrichis de dessins et aquarelles originaux, on créa la reliure symbolique. Les épées s’entrelacèrent sur les reliures des romans d’Alexandre Dumas père, tandis que les camélias s’épanouissèrent sur le célèbre roman de son fils et les myosotis sur les poésies d’Hégésippe Moreau. Émile Rondeau comprit l’importance de ce changement dont Marius Michel fut sans doute l’instigateur. Il résolut de l’encourager et ce fut dans ses catalogues mensuels illustrés qu’apparurent pour la première fois les reproductions des créations des Meunier, Raparlie, Ruban, Canaoé, etc, à côté de celles de grands relieurs que certains néo-bibliophiles qualifiaient déjà de « poncifs ». Ces ouvrages, habillés suivant ses conseils, avaient été au préalable enrichis d’aquarelles ou de dessins de Leloir, Jazet, Robida. La plupart d’entre eux ont été jugés dignes de figurer sur les rayons des bibliothèques de grands amateurs.

Dernier titre édité par Émile Rondeau au bas duquel Monsier Affolter a noté le changement d’adresse. Malgré ce développement des ouvrages modernes, les livres anciens armoriés étaient toujours très recherchés. Mais les amateurs étaient sans guide pour identifier les anciens possesseurs de ces ouvrages. Émile Rondeau voulut combler cette lacune et il chargea Joannis Guigard, avec lequel il collabora intimement, d’établir un répertoire alphabétique des diverses armoiries que l’on peut rencontrer sur les livres.

C’est ainsi que parurent en 1890 les deux volumes du « Nouvel armorial du bibliophile » contenant 2.500 blasons. Divers autres ouvrages furent également publiés : « Le bibliophile qui passe, notes sur un grand bibliophile le Comte de Lignerolles » par Jules Lepetit, « Les Keepsakes et les annuaires illustrés de l’époque romantique » par B.H. Gausseron, « Les passionnés du livre » par Firmin Maillard. Enfin, pour répondre au goût qui se développait à cette époque pour les estampes, les affiches, les caricatures, et afin de tenir les amateurs au courant, il fonda une revue documentaire illustrée « Le livre et l’image » avec le concours de J. Grand-Carteret et la collaboration d’écrivains et de bibliophiles comme Victor Fournel, Henry Houssaye, Baron Portalis, et d’artistes comme Crafty, Robida, F. Fau.

Émile Rondeau cède en 1899 la librairie Fontaine à Monsieur Jules-Olivier Affolter qui était entré comme commis à la librairie avant la mort d’Auguste Fontaine et avait été un collaborateur précieux et dévoué pour Paul Fontaine et Monsieur Rondeau.

1899 - Jules et Paul Affolter

Né à Paris en 1857, Jules Affolter fit son apprentissage de libraire chez Auguste Picard savant et érudit libraire de la rue Bonaparte. Il y resta de 1873 à 1878 et fut présenté à Auguste Fontaine par Monsieur Picard lui-même. Le passage des Panoramas changeait le jeune débutant du calme et gai quartier du Luxembourg. Les clientèles étaient différentes, l’une plus mondaine, l’autre plus savante. En raison du mouvement d’extension de Paris vers l’Ouest, Jules Olivier Affolter décida de transférer la librairie dans un immeuble neuf au 50 rue de Laborde, local qu’elle occupe encore actuellement.

En un quart de siècle, de 1900 à 1925, le commerce des livres de luxe subit une transformation totale. Les belles éditions anciennes devinrent de plus en plus rares, n’apparaissant que dans les ventes publiques et y atteignant des prix que n’imaginaient pas les bibliophiles du temps de Fontaine. Tout en continuant à présenter de belles éditions modernes Monsieur Affolter ouvrit son magasin à la littérature, l’art, l’histoire qu’éditaient de façon industrielle les grands éditeurs comme Crès, Conard, Hachette, Grasset, Lemerre, Gallimard et bien d’autres. Travaillant avec son frère Paul Affolter, relieur réputé, il proposa à ses clients d’habiller leurs plus beaux ouvrages ou les titres qu’ils voulaient conserver dans leur bibliothèque. La vieille librairie Fontaine conserva, sous sa houlette, la réputation de bon goût et de sérieux qu’on lui connaissait depuis déjà plus d’un siècle.

La librairie de Marcel Proust

Parmi ses clients renommés figurait Marcel Proust. Céleste Albaret, sa fidèle domestique, raconte dans ses souvenirs :

« Ou alors c’était un volume, qu’il m’avait demandé de chercher dans ses piles de livres, et comme la lumière de sa petite lampe était faible pour éclairer toute la chambre et que, même si on avait le droit d’en allumer d’autres, par une sorte d’habitude ou de respect, on ne le faisait pas, je n’arrivais pas à mettre la main dessus ; il s’impatientait doucement et finissait par me dire :
- J’abandonne. J’aime mieux que vous alliez l’acheter chez le libraire.
Et j’allais. C’était une librairie de quartier rue Laborde, entre l’église Saint-Augustin et le boulevard Haussmann. Le libraire s’appelait Monsieur Fontaine. Il était vieux avec une petite calotte sur la tête et une blouse blanche. Il adorait son métier, à croire qu’il ne pouvait se résigner à quitter ses livres : même pendant la guerre, il tenait sa boutique ouverte jusqu’à une ou deux heures du matin.
J’arrivais, j’indiquais la volonté de Monsieur Proust ; le plus souvent Monsieur Fontaine me répondait :
- J’ai ça et ça, mais malheureusement je n’ai pas le livre qu’il veut. Tout de même je pense que ceci fera son affaire. Sinon vous le rapporterez…
Quelque fois je repartais avec plusieurs livres. Je les tendais à Monsieur Proust en expliquant ce qu’avait dit le libraire. Mais, le temps de mon aller et retour, c’était comme pour ses autres envies, ou bien il avait dépassé son sujet, ou bien il disait :
- Cela va me faire perdre encore du temps. Posez-les Céleste. »
.

Jules Affolter, libraire de métier, connaissait bien toute sa clientèle dont il était très estimé. Travailleur acharné, Monsieur Affolter sut, avec la collaboration assidue de sa femme, conserver à la librairie sa réputation. Dans cette tâche il fut secondé par son frère Paul Affolter, relieur habile dont la maitrise s’affirmait dans la direction de l’atelier de reliure situé au sous-sol du magasin rue de Laborde.

Une mort prématurée, en mars 1929, vint frapper Paul au moment où la valeur de ses œuvres, exposées parfois jusqu’à l’étranger, était équivalente à celle des productions des grands relieurs français. Paul Affolter est souvent cité à cette époque comme participant aux grandes expositions du Musée Galliera ou à Saint Louis aux USA aux côtés de Gruel ou Kieffer.

Les 50 ans des
Librairies Fontaine

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De 1920 à 1957
JEAN AUGOYAT ET LOUIS BON
1920 - Jean AUGOYAT

Quand l’âge et la fatigue empêchèrent Monsieur et Madame Affolter de conserver seuls la direction de l’entreprise, leur fille Geneviève et leur gendre Jean Augoyat vinrent collaborer avec eux en 1920. Ce dernier sut continuer à faire apprécier à de jeunes bibliophiles la beauté des ouvrages et la somptuosité des reliures dont il les faisait revêtir par les habiles ouvriers que son oncle avait formés.
En janvier 1931, Monsieur Augoyat, frappé par la grippe espagnole, mourut malheureusement en laissant sa femme et son beau-père Olivier Affolter assurer la survie du magasin. Au décès de ce dernier en 1935, Madame Augoyat avait trouvé un successeur. Il s’appelait Louis Bon, était entré comme stagiaire en 1930 et avait accepté en 1932 de prendre la direction de la librairie.

1932 - Louis Bon

Né à Paris le 3 Septembre 1909 dans une famille de décorateurs et architectes, Louis Bon désira très jeune ne pas suivre la voie familiale et apprendre le métier de libraire. Il entra en 1930 comme apprenti stagiaire chez Monsieur Augoyat et se forma aux techniques de catalogues de livres d’occasion et anciens qui représentaient encore la moitié du chiffre d’affaires. La libraire sur le boulevard Haussmann présentait les livres neufs des éditeurs et, dans l’immeuble mitoyen du 48 rue de Laborde le stock d’antiquariat se trouvait dans trois anciens box à chevaux aménagés dans le fond de la cour.

Après le décès de Monsieur Augoyat, en 1932, sa femme proposa naturellement à Louis Bon de prendre la succession dans cette librairie qu’il connaissait plutôt que de s’installer ailleurs. Cette même année Louis Bon se mariait et emménageait dans un appartement au 5e étage du même immeuble. Jusqu’en 1940 des catalogues trimestriels continuèrent la tradition de la librairie ce qui n’empêchait pas le développement de la littérature moderne dans le magasin et la survie au sous-sol de l’atelier de reliure où travaillait encore un ancien élève de Monsieur Affolter connu de toute la clientèle sous le nom de « Père Paul ».
Louis Bon qui aimait la Vendée, région d’origine de sa femme, put réunir à Paris d’autres passionnés de l’histoire de cette région tels des auteurs comme Louis Chaigne, Jean Yole ou Marc Leclerc et des illustrateurs comme P.A. Bouroux et Charles Jouas. Quatre titres parurent entre 1935 et 1939 « Mauges et bocages », « Rivières et forêts vendéennes », « Vendée maritime » et « Le marais de Monts en Vendée ». D’autres titres furent édités à cette période en particulier « Hardes et uniformes de matelots » suite d’aquarelles de Goichon qui fut immédiatement épuisé. La période de guerre mit une veilleuse sur les activités d’occasion mais permit malheureusement le pillage des stocks des libraires absents de leur entreprise par certains peu scrupuleux restés sur place. Ce fut le cas de Fontaine et la colère de Louis Bon fut grande lorsqu’au retour de captivité il découvrit que les meilleurs pièces de son fonds avaient été enlevées à leur prix d’avant-guerre. Au travers des catalogues de confrères, dans les années suivantes, il sut où elles étaient passées.

Parallèlement à son activité de libraire Louis Bon prit part aux travaux du Syndicat des Libraires dont il fut le secrétaire général aux côtés de confrères comme MM. Méa, Weil Bannier, Barry. Une longue maladie l’empêcha de récolter ce qu’il avait semé et sa disparition en 1950 ouvrit une période extrêmement difficile où sa femme Marcelle Bon en compagnie de Madame Augoyat durent faire face à des difficultés économiques et fiscales qui faillirent provoquer la disparition de la librairie.

Des années difficiles

Heureusement une véritable chaine de solidarité, regroupant clients, libraires amis et éditeurs conscients de l’importance de sauvegarder une telle enseigne, se mit en place et permit à Fontaine de résister à ses difficultés et à l’installation d’une importante concurrence à une centaine de mètres : la librairie Mangaut. La survie doit beaucoup à des clients comme MM. Gall, du Rostu ou Spitzer, à des confrères amis comme Messieurs Weil et Méa et à des éditeurs comme Messieurs Bardet du Seuil, Paclot et Percet de chez Hachette, Bernard de Fallois, Hollier Larousse et bien d’autres. Mesdames Augoyat et Bon purent ainsi continuer à faire vivre la librairie en laissant sommeiller le secteur catalogue et livres anciens.
Cette période permit de conserver la clientèle bourgeoise qui habitait ce quartier du Parc Monceau dans de magnifiques hôtels particuliers. C’est ainsi que l’on pouvait rencontrer dans l’arrière magasin où la femme de Jules Affolter venait parfois, la Princesse Murat, Madame Robert Proust, belle-sœur de Marcel Proust, les familles Hottinguer et Vernes ou Monsieur de Fouquières, alors chef du protocole à l’Elysée dont le revers de la veste était toujours fleuri d’un œillet rouge. De nombreuses vedettes du spectacle et de la télévision débutante étaient parmi les fidèles leurs bureaux ou agences se trouvant proches. Passaient à la librairie des personnalités aussi variées que Pierre Bellemare, Régine Crespin, Claude Rich, le général Monclar, Musidora ou Romy Schneider, les directeurs des grandes galeries d’art Adrien Maeght et Louis Carré, l’explorateur Paul-Emile Victor.

Les 50 ans des
Librairies Fontaine

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De 1957 à 2001
CHRISTIAN BON ET JEAN-CLAUDE MAILLET
1957 - Christian Bon

Né en 1934 le fils de Louis Bon avait 16 ans à la mort de son père. Tout en préparant son baccalauréat au lycée Condorcet, il passait de nombreuses heures à la librairie pour aider sa mère et Madame Augoyat. Après le bac il suivit les cours du Cercle de la Librairie. Appelé à assurer son service militaire en maintien de l’ordre en Algérie, il fut absent de début 1955 à décembre 1957. Un jeune stagiaire, Patrick Renaudot futur éditeur, vint le remplacer. Libéré début décembre 1957, son premier souci fut, en accord avec sa mère, de trouver les moyens financiers pour transformer le local de la librairie. Le livre avait énormément évolué en dix ans : l’apparition des collections de poche, la disparition des collectionneurs et des stocks de livres anciens, l’impossibilité de financer des achats de beaux livres assurant un renouvellement dans les catalogues les décidèrent à abandonner ce secteur et à miser sur une nouvelle clientèle abordant la lecture grâce aux collections bon marché. La modernisation réalisée permit de conserver la clientèle traditionnelle en élargissant aux nouveaux arrivants dans ce quartier peu à peu abandonné par ses habitants familiaux et envahi par des bureaux, cabinets médicaux ou juridiques et sièges sociaux d’importantes sociétés et banques. Le livre ancien disparut des rayons, remplacé par les nouveautés modernes des éditeurs. Menant parallèlement une activité syndicale importante et suivant des cours de gestion à l’ENOES, Christian Bon put rapidement faire renaître la réputation plus que centenaire de Fontaine.

1963 - Christian Bon et Jean-Claude Maillet

Pour développer de nouveaux secteurs tels les clubs « Club des Libraires » et « Club des Editeurs » qui abonnaient mensuellement des clients à des ouvrages reliés, Christian Bon engagea pour s’en occuper Jean-Claude Maillet qui, désireux d’apprendre le métier de libraire avait travaillé quelques mois chez Flammarion. Durant deux années Jean-Claude Maillet s’initia en assumant différentes tâches et lorsqu’il décida de s’installer, il proposa une association à Christian Bon.
Le 9 Novembre 1965 était inaugurée la seconde librairie Fontaine, Avenue Victor-Hugo dans le 16e arrondissement à Paris. Pour la profession, c’était la première fois depuis la fin de la guerre qu’une création importante était réalisée à Paris. Le décorateur Claude Godet du cabinet Hachette, avec l’aide du sculpteur Calka, avait réussi une belle réalisation avec la librairie en rez-de-chaussée et une galerie d’exposition en sous-sol. S’inspirant d’un livre de Monsieur Escarpit, les associés Bon-Maillet se « voulaient les agents d’une action culturelle permanente qui n’en ont pas fini avec le livre quand ils l’ont vendu ».
A l'inauguration, on pouvait croiser dans le magasin : Vercors, André Maurois, Gilbert Cesbron, Robert Merle, Maurice Druon, les éditeurs Bernard Privat, Paul Flamand, l'architecte-auteur Fernand Pouillon. Dans cette partie du 16e arrondissement, le succès fut immédiat, animé par des expositions successives durant les premières années (Bosc, Chaval, Faizant, Folon, Sempé, Siné, Topor...). L'époque de développement économique rapide poussa les associés à créer une chaîne de librairies avec quelques confrères parisiens qui partageaient des responsabilités syndicales. Ainsi naquirent « Les Librairies L » au départ avec 6 libraires : les deux Fontaine (Ch. Bon et J-C Maillet), MM. Abitbol, Appel, Malingue et Roger Weil.

Le succès et le développement

L’évolution de ce groupe se heurta rapidement à la difficulté de véritablement mettre en commun les moyens financiers nécessaires pour créer des magasins « Les Librairies L » et les deux Fontaine quittèrent en 1970 l’association en conservant ce qui avait été prévu comme devant être le premier magasin commun, la librairie Fontaine Bourse située dans le 2e arrondissement. La même année le magasin de la rue de Laborde s’agrandissait et atteignait les 220 m2. A partir de là, par autofinancement la chaîne se développa.
1976 : Passy dans le 16e
1977 : Opéra dans le 9e
1979 : Sévres dans le 7e
1982 : Auteuil dans le 16e et Marbeuf dans le 8e
1988 : Kléber dans le 16e
1990 : Villiers et Maillot dans le 17e

La tradition de l’édition ne fut pas abandonnée, puisque la librairie Fontaine réimprima des textes introuvables. C’est ainsi que parurent successivement entre 1982 et 1985 les Mémoires de Madame de Motteville, la biographie de la Duchesse de Lavallière par Madame de Genlis, « Aloys » de Custine, les mémoires de la Grande Mademoiselle et, pour fêter le cent-cinquantenaire de la fondation de la librairie « La lettre sur le commerce de la librairie » de Diderot, dont de nombreux passages collaient parfaitement à l’actualité du livre en 1984.
La distribution du livre évoluait en effet à grande vitesse avec les discounters de grandes surfaces qui introduisaient dans leur magasin le livre comme produit d’appel en cassant le prix conseillé par l’éditeur.
Une réaction du syndicat des libraires auquel participait Christian Bon obtint de l’administration une réglementation en 1981 nommée « Loi Lang » qui changeait les rapports entre les éditeurs et les libraires en protégeant le circuit de distribution par un système de prix imposé pour le livre.
L’euphorie économique des années 80/90 permit le développement des librairies Fontaine dans Paris. Le choix de créer des « Librairies de quartier » plutôt que d’implanter une grande surface s’avérait judicieux, puisque ces magasins couvraient une surface de plus de 1.500 m2 en 1990 rendant un service de proximité apprécié par la clientèle.

1990 - Claude-Michel Saucias

En 1977 entra à Laborde comme jeune employé Claude-Michel Saucias qui sortait de son service militaire ; en peu d’années il en devint le responsable et c’est tout naturellement qu’en 1990, lorsqu’il voulut s’installer. Jean-Claude Maillet et Christian Bon s’associèrent avec lui pour créer la succursale de Villiers dans le 17e arrondissement. Cependant, des magasins malheureusement durent fermer, pour différentes raisons : Opéra, qui s’avéra un mauvais emplacement, fut cédé et devint une librairie spécialisée en jeux ; en 1992, Marbeuf dont le bail ne fut pas renouvelé, alors qu’il était devenu un des fleurons de la chaîne ; en 1999 Fontaine Bourse et Fontaine Maillot : la première, car le quartier s’était vidé de ses bureaux, la seconde, à cause d’un loyer beaucoup trop cher.

À la fin des années 1990, l’enseigne Fontaine compte 7 librairies ; elles sont gérées par Christian Bon (Fontaine Laborde et Fontaine Sèvres), Jean-Claude Maillet (Fontaine Victor Hugo, Passy, Auteuil et Kléber) et Claude-Michel Saucias (Fontaine Villiers).

 


Cet historique est largement extrait de la brochure « Fontaine - Un siècle et demi de librairie parisienne – 1996 », rédigée par Christian Bon.

Les 50 ans des
Librairies Fontaine

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Depuis 2001
SYLVIE MAILLET, PHILIPPE AUBIER & PAULINE SAVATIER
2001 - Mort de Christian Bon

La mort brutale de Christian Bon, le 10 janvier 2001, mettait fin à 50 ans de vie dédiée à la librairie et à la complicité qui l’unissait depuis 35 ans à Jean-Claude Maillet. Un bel hommage lui a été rendu dans la revue professionnelle Livres Hebdo (voir article) où est soulignée son implication dans l’action syndicale, à la FFSL puis au SLF où il eut un rôle important. Rapidement, le problème de sa succession allait se poser.

2005-2016
Reprises et successions

Au début des années 2000, Jean-Claude Maillet se retirait progressivement et confiait la direction de ses 4 librairies du 16e arrondissement (le groupe Fontaine Victor Hugo) à sa fille Sylvie, qui - après un DEA d’Histoire de l’Art et trois années passées au Cabinet des dessins du Musée du Louvre - décidait en 1996 d’être libraire et débutait à la librairie Fontaine Passy (voir article).

Après la mort de Christian Bon, les actionnaires voulurent passer la main :

En mars 2006, Philippe Aubier, choisi par Christian Bon dès 1999 comme responsable de la librairie Laborde, la rachète avec son associée Pauline Savatier. La librairie portera désormais le nom de Fontaine Haussmann.

Et en juillet 2006, le groupe Fontaine Victor-Hugo rachète la librairie Fontaine Sèvres, désormais en co-gérance (Sylvie Maillet et Marie-Dominique Bon).

La librairie Dumas à Apt cherchait depuis plusieurs années un repreneur. Les Maillet connaissait bien cette librairie : ayant habité la région plusieurs années dans les années 70-80, ils entretenaient de longue date des liens d’amitié avec les propriétaires, Marc et Marguerite Dumas.
En 2005, ils décidèrent de racheter cette librairie historique, très attachée à la culture provençale. Rebaptisée Fontaine Luberon, c’est la première librairie Fontaine implantée hors de Paris (voir le texte de Marc Dumas).

Enfin, en 2016, Claude-Michel Saucias prenait sa retraite et cédait sa librairie Fontaine Villiers à Sylvie Maillet.

Internet et les nouvelles technologies

Les années 2010 voient le développement intensif de la vente en ligne et la nécessité, pour les librairies, de s’ouvrir aux nouvelles technologies.
La présence sur Internet s’impose. Une plateforme nationale de vente en ligne est créée en 2012 : leslibraires.fr et les Librairies Fontaine adhèrent parmi les premiers, en créant leur site librairiesfontaine.com.

D’autres initiatives, régionales, sont créées simultanément, et là encore, les Librairies Fontaine y adhèrent. C’est le cas de la plateforme parislibrairies.fr - site de géolocalisation qui permet de trouver son livre dans plus d’une centaine de librairies parisiennes et en proche banlieue - dès sa création en 2014.

Ces initiatives collectives nous ont rendus certes plus visibles. Mais elles ont surtout montré la vitalité et le dynamisme de notre profession, parfois injustement jugée « passéiste ».

Au sujet d’une supposée menace d’Internet, Jean-Claude Maillet déclarait en novembre 2015 : « Il y a quelques années, après la disparition de Christian, je décidais de prendre ma retraite en confiant à ma fille Sylvie la direction des librairies. A l’époque, je n’étais pas très optimiste sur l’avenir du livre face à ce qu’on appelle les nouvelles technologies. J’avais tort car, grâce à la compétence de tous, les librairies se portent bien et montrent ainsi qu’entre le réel et le virtuel le vainqueur n’est pas désigné et que chacun finira par trouver sa place. »

Depuis plus de 50 ans, nous défendons l’esprit de librairie de proximité, voulu dès l’origine par les créateurs du réseau des librairies Fontaine. Au fil des années, nous continuons à travailler avec passion, fidèles à cet esprit où l’accueil, le service et le conseil sont les priorités des libraires.

Et votre fidélité fait notre fierté.

 


Chronologie complète de l’histoire des librairies Fontaine

Les 50 ans des
Librairies Fontaine

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