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Avis de libraire

Nathalie M.

Librairie Page 36

Nathalie M.
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Ör
En stock 19,00 €
Auður Ava Ólafsdóttir

Jonas, quarante neuf ans, vit seul.
Pourtant, dans sa vie trois Gudrun, sa mère, son ex-femme, sa fille.
Toutes trois peuvent compter sur lui à tout moment, d'être un bricoleur hors pair, de toujours se plier à leurs demandes naturellement, jusqu'à ce que son ex-épouse lui confie une information qui l'ébranle totalement.
Jonas ne sait plus qui il est, quel sens donner à sa vie.
Il veut en finir avec la vie mais pas n'importe comment.
Pour que ce ne soit pas sa fille qui découvre son corps, il décide departir mourir à l'étranger dans un pays détruit par la guerre, où un corps supplémentaire ne choquera personne.
On suit Jonas dans ses réflexions et pérégrinations, avec les mêmes questionnements que ceux qui le traversent.
Ils ont trait au sens de la vie, à la place qu'on a ou gagne d'être né, et de ce à quoi on peut s'employer d'être au monde de toute façon.
Ce roman est d'une grande finesse. Il aborde le sens de la vie avec délicatesse et ingéniosité, en en posant les fondements pierre après pierre, patiemment.

Intérieur nord
En stock 8,95 €
Marcus Malte

C'est un recueil de quatre nouvelles. Elles disent des êtres seuls face à leur vie qui bascule brusquement.
Chacune des histoires prend à la gorge, serre l'estomac.
On avance peu à peu dans chaque récit en se disant dans un premier temps "pour l'instant, ça va".
Et puis, au détour de quelques mots, à la phrase qui se profile autrement, on sent venir le point de bascule, là, sous les yeux.
Pourtant, la lecture continue, avidement, jusqu'au bout du récit.
Impossible de faire autrement.
Ce peut donc bien être ça, la vie, les vies. On lit, happés, comme trouver confirmation de nos intuitions profondes.
Les vies s'écoulent plus ou moins paisiblement, et puis tout à coup, elles basculent vers ce qu'on n'imaginait même pas.
Marcus Malte, du format court, nous place tout de suite au coeur du sujet, nous emmenant dans l'histoire en cours, puissamment.
On pourrait être ébaubi si ce n'est horrifié de ce qu'on découvre au fil de lire, mais étrangement, on avance en confiance de celui qui écrit beau, les vies qui vont comme elles peuvent.

A la ligne, Feuillets d'usine
En stock 18,00 €
Joseph Ponthus

C'est bien écrit, c'est sûr. Joseph Ponthus, dans cet ouvrage, parle des boulots d'ouvrier intérimaire. Il dit les appels de dernière minute, les cadences, les trajets, la dureté des emplois, les horaires décalés, les collègues avec lesquels il n'a pas le temps de sympathiser, bien que règne souvent un brin de solidarité comme une nécessité, une évidence, des circonstances.
Il parle de la conserverie de poissons et des abattoirs. On passe des tonnes de poissons et de crustacés à conditionner, à l'abattoir avec le sang à nettoyer, les carcasses à déplacer, tout ce que ça dit de notre société qui n'est jamais à satiété.
Sûr, c'est bien écrit. Les heures passées à trimer, on les sent par le corps décrit dans la fatigue, dans les douleurs, dans les dérèglements des horaires décalés. On les sent aussi dans l'esprit qui cherche à échapper, à analyser, à disséquer, à traduire tout ce qui paraît absurde, injuste et triste.
C'est un ouvrage qui dit le travail précaire aujourd'hui, qui ne va qu'au rythme imposé et assumé des entreprises, qui se nourrissent, qui engloutissent les forces de travail, pour le profit, pour les actionnaires.
Joseph Ponthus dit aussi combien la littérature est un refuge, combien elle sauve. Là, je suis d'accord.

Le sort tomba sur le plus jeune / roman
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 15,00 €
Blandinières, Sophie

C'est un premier roman. Époustouflant.
L'inceste, la pédophilie ; ce que c'est, ce que ça fait, se déploie maléfique, magnifiquement écrit par l'auteure qui sait, dit tel que c'est, même si c'est un roman. Pas de fioritures, pas d'abus de langage, pas de tentatives d'excuses, pour personne. Pas d'acceptation possible. On lit et c'est consentir à voir et savoir les êtres et les faits, seulement ça. Faits qui sont posés, destructeurs, cachés mais sus pourtant. Sus de ceux qui font, sus de ceux qui subissent comprenant tout de suite ou plus tard ce qu'ils subissent, irrémédiablement marqués, perturbés ou bousillés dans leur devenir.
D'ailleurs qui deviennent-ils, chacun ?
C'est au travers d'une enquête journalistique impliquant un soixantenaire et une enfant de onze ans, persuadée d'aimer cet homme, que la narratrice parle de tous les enfants qui ont subi ou subissent l'inceste ou la pédophilie.

Le Rouge Vif De La Rhubarbe
En stock 8,95 €
Auður Ava Ólafsdóttir

Agustina a quatorze ans.
Elle est née sans mobilité des jambes, celles-là même qu'elle promène, toute petite enfant, comme une queue de sirène, à la force de ses bras.
De patience et de pugnacité, du goût affirmé pour l'indépendance, elle s'aide de béquilles pour explorer le village autour, le champ de rhubarbe où ses parents se sont aimés et pour aller à l'école.
C'est Nina, âgée de plus de soixante ans qui l'accompagne à grandir puisque sa mère a suivi les oiseaux migrateurs.
Agustina reçoit d'elle des lettres, petits mots et de menus cadeaux dont on sent l'amour puissant qu'ils recèlent, malgré l'absence.
Agustina rêve de se hisser en haut de la montagne qui s'élève à 844 mètres.
Elle qui regarde autrement, veut voir le monde de là-haut.
Et c'est émouvant de pouvoir lire sa perception du monde de sa singularité, qui est richesse pour nous qui la lisons.
Au fil des pages, nous imaginons Agustina, ressentons ce qu'elle ressent, et même recevons-nous le monde autrement.
C'est un ouvrage qui mène le lecteur à se questionner sur sa manière de percevoir, sur ce qu'il croit savoir.
De lire, on se sent porté au-delà des mots, présent totalement à ce qu'on lit et surpris longuement encore après lecture.

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