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Avis de lecteur

Eric R.

Librairie La Grande Ourse

Eric R.
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Bootblack
En stock, expédié aujourd'hui 14,00 €
Mikaël

Après le formidable dyptique "Giant" consacré aux ouvriers constructeurs de gratte ciel new-yorkais, Mikaël poursuit sa description des quartiers populaires, misérables ou des milliers de migrants se cherchent une identité.
En cette année 1929, des gens fortunés, on ne distingue bien souvent que les pieds, les chaussures que font reluire ces enfants, ces bootblacks pour 10 cents, à genoux, la tête baissée. C’est l’un d’entre eux, Al, que Mikaël nous présente, Al comme Altenberg, un nom venu du village natal de ses parents, en Allemagne. A dix ans il est orphelin et va devoir apprendre à survivre dans la jungle de la ville tentaculaire. Comme Oliver Twist de Dickens, on va le suivre dans sa quête d’une identité qu’il revendique américaine et surtout dans sa quête de survie. Les potes comme Shiny, les mauvaises fréquentations, la pègre, la mafia, constituent l’environnement du gosse devenu adolescent et amoureux de la mystérieuse Margaret.
La qualité première du premier tome de ce dyptique réside dans un dessin superbe, identifiable parmi des milliers d’autres et qui s’appuie sur une évidente documentation. Comme dans un livre photos des années trente, on se met à observer avec attention les moindres détails de cases dans lesquelles la vie quotidienne au ras du sol est décrite avec minutie. On découvre les échoppes, les théâtres, la gare ou le port d’une ville en pleine effervescence quand les langues se mélangent, les classes sociales s’affrontent ou s’ignorent. Comme un cinéaste soignant ses cadrages, l’auteur magnifie des vues en contre plongée de la Grosse Pomme, sujet principal de cette BD, où le brouillard nimbe souvent les tours comme pour les rendre plus humaines.
L’Amérique se construit aussi dans ces quartiers ou âgé seulement de 10 ans, Al crie en s’enfuyant de chez lui une dernière fois: « Ici les gens se font tout seuls », même si l’avenir lui prouvera que cette élévation sociale ne se fait pas sans difficultés ou compromissions. Le rêve américain s’est aussi construit sur de difficiles illusions. Mikaël montre superbement l’envers du décor.

Coup de cœur d'Eric.

Le Chant de l'assassin
En stock, expédié aujourd'hui 22,00 €
R. J. Ellory

Avec « Le Chant de l’assassin » R.J Ellory démontre qu’il est bien l’un des plus grands auteurs de romans noirs. Intrigue parfaite mais surtout personnages inoubliables dans une Amérique sombre et profonde. Du grand, très grand roman.

Henry Quinn a fréquenté pendant 3 ans en prison, Evan Riggs. Ce dernier charge Henry, qui vient d’être libéré, de porter à sa fille Sarah, qu’il n’a jamais connu, une lettre. Respectueux de sa promesse, le jeune homme emprisonné pour une bêtise, va partir à la recherche de cette mystérieuse enfant à Calvary, Texas. Sa venue va libérer des secrets enfouis, faire surgir des cadavres, et éclairer d’un jour nouveau le passé familial de Evan Riggs. Fidèle à sa technique de flash back, l’écrivain de Birmingham, alterne chapitre par chapitre, entre la quête de Henry et le passé de Evan. C’est un puzzle qui se reconstitue peu à peu entrainant le lecteur dans une spirale infernale où le poids des violences du passé explique tout. Ou presque tout.

Ellory qui vit en Angleterre mais qui a depuis son enfance rêvé de « l’Amérique » à travers des films, des romans de Faulkner à Hemingway, de la musique, nous emmène dans un Texas plus vrai que nature. Les communautés conservatrices vivent repliées sur elles mêmes préférant l’ordre à la vérité, l’oubli à la justice. Et quand survient un étranger, chargé simplement de porter une modeste lettre à une inconnue, près de trente années de silence risquent de se fissurer. L’écrivain maitrise à la perfection l’art du suspense et on est happé vers les dernières pages du roman qui ne quitte pas les mains du lecteur. Mais on ne saurait résumer ce livre à une enquête car l'auteur donne une dimension psychologique imposante à ces personnages et à travers leur quête décrit des êtres inoubliables. « Certains - quelques rares êtres exceptionnels - vous marquent à jamais de leur empreinte » écrit il. C’est le cas de deux frères, Evan et Carson diamétralement opposés, un paumé et artiste, l’autre froid et cynique. D’une femme Rebecca tiraillée entre l’amour partagé des deux frères. Des acteurs, potentats locaux tenus au silence par leur passé malodorant. Henry dans sa volonté de tenir sa promesse, bientôt accompagné de Evie, une jeune fille délurée forment au fil des pages un couple attachant contrastant avec la noirceur des habitants du lieu. Les « héros » positifs de Ellory, même imparfaits, sont dotés d’une humanité inoubliable.

Livre après livre, Ellory, plus que des intrigues, nous donne une image de la condition humaine, pointant nos faiblesses que certains cherchent à oublier dans l’alcool ou la musique, cette musique omniprésente et que l’on imagine mélancolique, nostalgique et triste. Comme nos vies.

Eric Rubert.

Chronique complète sur le site Unidivers.fr

La Communauté
En stock, expédié aujourd'hui 7,70 €
Ariane Chemin, Raphaëlle Bacqué


Trappes: ville moyenne de 30 000 habitants, anomalie dans le riche département des Yvelines. Au début des années 60, le PC règne en maître: les jeunes vont dans des colonies de vacances communales, on vend sur le marché l’Humanité et Pif Gadget. La population locale a bien accueilli ces ouvriers arrivés essentiellement d’Afrique du Nord, pour les usines Renault, Peugeot, Simca. Et puis aujourd’hui en 2018: « l’air y est plus lourd, les relations sont contraintes par de nouvelles règles qui s’imposent à la petite communauté trappiste, chassant l’ambiance naguère si chaleureuse ». Le Coran a remplacé l’Humanité. Que s’est il passé au cours de ces 60 années pour permettre cette régression?

Cette évolution, deux grands reporters au Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, nous la racontent dans cette enquête sur cette ville banlieusarde, ou grandirent notamment Djamel, Omar Sy, la Fouine, Anelka, Sophia Aram. Sans porter de jugement, elles établissent un récit passionnant établi à partir de centaines d’heures d’entretien avec des habitants de la ville. Une enquête longue et minutieuse dissimulée derrière un récit sans parti pris.

Tout au long de ces pages écrites comme un roman s’égrènent ces 60 années d’errance, d’incompréhension, de luttes politiques locales, d’erreurs nationales, qui d’abandon de principes fondamentaux en renoncements ou en erreurs d’appréciation, ont abouti à ce terrible constat final: 67 djihadistes français sont partis de Trappes.

Eric.

Né d'aucune femme
En stock, expédié aujourd'hui 20,90 €
Franck Bouysse

Une intrigue irrespirable.
Des personnages inoubliables.
Une atmosphère incontournable.
Un style inimitable.
Un rendez-vous avec le Diable.
Une nouvelle définition du Mal.
U n roman incroyable.

Un "My Absolute Darling" à la française.
Un livre majeur de cette année.

Eric.

Il fallait que je vous le dise
En stock, expédié aujourd'hui 22,00 €
Martin Winckler, Aude Mermilliod

Raconter son avortement, c’est ce que Aude Mermilliod souhaite nous dire dans sa deuxième BD. Elle le fait avec une franchise et une sensibilité totale. Un album remarquable à mettre entre les mains de toutes les femmes. Et de tous les hommes.

IVG, trois lettres qui claquent comme un slogan en cette période où ce droit chèrement acquis par les femmes est de plus en plus remis en cause. Au delà de ce combat, on oublie souvent l’acte médical lui même et les conséquences psychologiques qui en résultent. Car l’IVG n’est pas anodin, neutre, et Aude Mermilliod qui y'a eu recours en 2011, témoigne ici de toutes les souffrances et des incompréhensions qui l’ont assaillie, et l’assaillent encore. Dans cet album, elle raconte « ce foutoir émotionnel que nous procure cette possibilité d’avoir ou non un enfant » et « d’entrer dans les zones d’ombre dont ne parle pas assez ».

Les deux regards conjugués de Aude Mermilliod et de Martin Winckler, composent une mosaïque où les slogans n’ont pas cours, où les simplifications sont écartées. Ils racontent ce qui est rarement dit avec délicatesse et intelligence. Une formidable BD où la dessinatrice nous invite, comme sur la couverture, à prendre notre souffle, pour écouter la voix des femmes. « Il fallait que je vous le dise », un titre en forme de nécessité.

Coup de coeur d'Eric

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