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Yv

Yv
Juste A Temps!
En stock, expédié demain 18,80 €
Tomi Ungerer

La Terre est quasi vide. Tous les êtres vivants sont partis sur la Lune. Seul Vasco reste. Son ombre le guide, lui évitant les catastrophes. Puis elle le conduit vers deux missions : apporter une lettre à un destinataire et sauver Poco, un jeune orphelin.

Tomi Ungerer dessine la Terre abandonnée desséchée, vidée de quasiment toute vie, une fois que les hommes l'ont épuisée et anéantie, à grands traits rectilignes. Les créations humaines sont droites, hautes et elles finissent par s'écrouler. Ce n'est pas réjouissant, mais il y a un espoir, la vie n'est pas détruite, il reste Vasco et Poco.

Bel album de science-fiction aux dessins simples, peu chargés et au texte court et direct. Une lecture à voix haute aux enfants permettra d'aborder les questions de la survie de la planète, de nos modes de consommation et de vie, de l'entraide entre hommes – avec un peu d'extension, on peut voir une allusion aux réfugiés qui bravent moult dangers pour finir mal accueillis en Europe.

Album posthume, Tomi Ungerer est décédé le 9 février 2019.

Aucune bête
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 8,90 €
Marin Ledun

Vera est coureuse de 24h, une compétition, qui, comme son nom l'indique consiste à courir 24 heures durant sur une piste. Elle a gagné la dernière course à laquelle elle a participé mais a été privée de sa victoire et condamnée à huit années de suspension, à cause d'un médicament qu'elle prenait pour signer une rhino-pharyngite.

De retour sur le circuit, elle veut battre son record personnel et tenter de ne pas finir trop loin de la favorite, l'Espagnole Michèle Colnago.

Court roman paru dans l'excellente collection Polaroïd des éditions In8. Les textes y sont souvent efficaces, au plus justes et sobres. Marin Ledun le fait parfaitement avec cette histoire dans laquelle on vibre, même si comme moi l'on n'est pas sportif, pour la performance et la volonté de voir Vera parvenir à ses objectifs. Vingt-quatre heures pendant lesquelles l'esprit s'évade malgré le souhait de rester concentrée sur la foulée, le rythme, le souffle. Tour à tour Vera pensera à ses trois filles, à son couple, à son boulot harassant et peu épanouissant, aux collègues aux mains baladeuses. On vibre aussi parce qu'on sent bien que outre les pensées de Vera quelque chose va se produire, mais on ne sait ni quoi ni quand ni où ni qui ni comment.

Le texte de Marin Ledun est une ode aux femmes et à leurs exploits, pas seulement sportifs, ceux aussi de la vie quotidienne pour élever les enfants, s'occuper de la maison, ... pour supporter le travail dans ce monde éminemment masculin. Si après avoir lu ce roman, vous voulez pousser la question, il y a quelques jours, j'ai parlé du travail de Heide Goettner Abendroth sur le matriarcat que je vous re-conseille fortement. Sans doute un peu plus écrasant ne serait-ce que par son poids, mais tout aussi roboratif. Deux manières différentes de parler des femmes.

Sombres Citrouilles Bande-Dessinee
En stock, expédié demain 16,00 €
Nicolas PITZ

Le 31 octobre, à la Collinière, c'est la fête, plus exactement l'anniversaire de Papigrand. Toute la famille se réunit : Mamigrand, les enfants et les petits-enfants et même des voisins, des amis... Lorsque Hermès et ses cousines les jumelles tombent sur un homme mort en plein milieu des citrouilles, ce dernier décide de le cacher pour ne pas gâcher la fête et pour protéger Papigrand qu'il a surpris se quereller avec l'homme le jour même. Mais lorsque le cadavre disparaît de la cachette, le mystère s'épaissit.

Deuxième collaboration -au moins, pour moi c'est la deuxième que je lis, il y a eu La bobine d'Alfred- entre la romancière Malika Ferdjoukh auteure donc du roman du même nom et le dessinateur Nicolas Pitz. Et le résultat est parfait. Bande dessiné copieuse de 153 pages, mais on en redemanderait bien un peu, tant l’histoire de cette famille, des secrets que chacun dissimule, des amours, des attirances et des inimitiés est dense. Malika Ferdjoukh pourrait reprendre quasiment chacun des personnages pour en faire une saga familiale aux multiples ramifications. Donc, disais-je l'histoire est vraiment bien, très bien et si le roman s'adresse à un public jeune, je m'y suis senti très à l'aise, ce qui n'est pas toujours le cas.

Quant au dessin de Nicolas Pitz, il est excellent. Certaines doubles pages sont superbes, soit sur la nature (une des plus belles est celle où l'on voit deux chasseurs, comme quoi, même avec eux , on peut faire de belles choses), soit sur l'intérieur du manoir. Il y a aussi des pages magnifiques, n'ayons pas peur des mots, qui se déroulent la nuit. Le fond est noir et Nicolas Pitz dessine les contours des personnages et des paysages avec des trait verts et bleus très lumineux, l'ensemble est bluffant.

Je suis très enthousiaste pour cet album que je trouve à la fois profond et rafraîchissant. Une belle réussite.

Oublie les femmes, Maurice
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 16,00 €
Florent Jaga

Quand on pense éditions Quadrature on pense nouvelles, puisque c'est leur credo. Et comme dans cette maison, ils sont spécialistes, eh bien ils sont bons. Leurs choix sont judicieux et fins, et à chaque recueil, ça marche.

Cette fois-ci c'est Florent Jaga qui a l'honneur de de la publication et c'est vachement bien. Il est question des relations hommes femmes, dans tous leurs aspects. Le sexe ou le désir et l'attirance sont présents, de part et d'autre. Les hommes de Florent Jaga sont souvent mal en point, déprimés, lassés ou fatigués. Mal à l'aise en société ou en compagnie des femmes et en plein questionnement sur leur couple et sur la routine du quotidien. "Je sors peu, je ne sais pas vivre au milieu de vous tous. Je n'ai pas cette force de recommencer, peut-être. Je ne parviens pas à trouver un sens suffisant à la mascarade." (p. 25) Ce sont les femmes qui sont les plus vigoureuses, les meneuses, celles qui bousculent les hommes et les obligent à se sortir de leurs habitudes. Mais est-ce de la fiction ?

Mes nouvelles préférées :

- Mariage ombrageux : un homme se plaît à photographier et filmer des mariages de façon sarcastique, moqueuse. Sa copine, qui sans doute rêve de mariage n'aime pas sa manie.

- My way : lorsqu'on change ses habitudes, Louis est totalement déboussolé. Obligé de promener le chien pendant que sa femme fait les courses, ce changement n'augure rien de bon.

- Boulet de canon : Rachel sait qu'elle attire les regards des hommes et compte bien en profiter, mais elle est intriguée par le locataire d'en face, immobile.

- Une prière pour des clous : Dorine aime arriver à la messe en retard et en partir en avance : elle aguiche les hommes et rend les femmes jalouses. Le père Benoit est bien embêté.

- Faire le vide : Michel et Brigitte prennent des vacances sans leurs enfants. Mais les sujets de conversation tournent à vide. La monotonie a eu raison de leur couple.

- La main au feu : Laure est ambitieuse et réussit sa vie professionnelle, son mari, buveur, nuit à sa réputation. Et pourtant un dîner important se prépare.

- Et la terre peut bien s'écrouler... : Samuel rentre du boulot harassé. Alejandra l'attend, son amour s'est progressivement changé en véritable haine. Et si Samuel ne rentrait plus jamais ?

- To hell, Angel ! : un road-trip d'une femme jeune et d'un homme un peu moins jeune en mobylette.

- Bombshell : Arty est obèse et passionné par les pin-ups. Il collectionne les dessins. Arty aime flâner sur la plage, mais aucune femme n'y a la beauté de ses femmes dessinées.

A partir de situations ou de personnages de la vie courante, Florent Jaga construit des histoires qui déraillent à un moment. Un petit caillou, un fait inattendu, une irruption inopinée et tout s'écroule ou part en vrille. Son écriture est vive, parfois sensuelle et permet d'aller fouiller les tréfonds de l'âme humaine. Car il est question avant tout de cela : l'homme, la femme, leurs rapports, leurs questionnements, ... C'est tellement bien fait que toutes les nouvelles sont excellentes. Je vous l'ai dit au début, lorsqu'on a affaire à des spécialistes...

La Suspension
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 10,00 €
COLLET GERALDINE

Le jour où Louise, dix-sept ans, apprend qu'Antoine Gallimard a décidé de rééditer les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, elle se dit qu'elle doit voir cet homme et tenter de comprendre une telle décision. Louise lit beaucoup, elle aime les auteurs, les livres. Elle est la petite-fille du déporté politique numéro 21 055, réfractaire au Service du Travail Obligatoire.

Très court texte dont j'ai découvert un extrait très tentant grâce au Prix Hors Concours, ce prix qui récompense un livre issu de l'édition indépendante : première sélection sur extrait par un panel large, puis un jury d'experts lit les cinq titres choisis et élit le lauréat. Une idée excellente pour découvrir des auteurs et des maisons d'édition.

Revenons maintenant à ce court livre que je n'ai pas pu lâcher. C'est l'histoire de Louise qui est racontée, celle de sa famille, son grand-père Gilbert, déporté à Buchenwald pour raisons politiques, son père Laurent qui n'a jamais vraiment pu parler à Gilbert de ce qu'il a vécu et qui hésite toujours à se renseigner et à en parler à Louise.

C'est aussi l'histoire de la maison Gallimard, notamment pendant les années de guerre où Gaston Gallimard eut, pour le moins, une attitude ambiguë. Puis, le petit-fils, Antoine qui décida en 2012 de faire entrer dans La Pléiade, le très collaborateur Drieu La Rochelle avant de laisser entendre donc que les écrits antisémites de Céline pourraient être édités par Gallimard.

Géraldine Collet écrit simplement, sans effets. Elle va au plus court mais n'omet rien. En fait, une fois tournée la dernière page (la 58), rien ne paraît en trop ni manquer. Elle parle de l'antisémitisme depuis la guerre, de ces idées nauséabondes qui montent partout dans le monde, de l'intolérance, de la haine, de la peur. Entre les lignes, on lit aussi l'interrogation qui agite les céliniens et autres : peut-on apprécier un auteur pour son style, même s'il a écrit des horreurs ? J'avoue n'avoir pas de réponse, j'ai beaucoup aimé "Voyage au bout de la nuit".

C'est un court livre à s'offrir et à offrir. Une maison d'édition que je découvre. Malheureusement, ce livre ne fait pas partie des cinq finalistes du Prix Hors Concours.