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Fiche livre
La Maison
21,00 €
La Maison
Flammarion
Résumé
«J’ai toujours cru que j’écrivais sur les hommes. Avant de m’apercevoir que je n’écris que sur les femmes. Sur le fait d’en être une. Écrire sur les putes, qui sont payées pour être des femmes, qui sont vraiment des femmes, qui ne sont que ça ; écrire sur la nudité absolue de cette condition, c’est comme examiner mon sexe sous un microscope. Et j’en éprouve la même fascination qu’un laborantin regardant des cellules essentielles à toute forme de vie.»

Prix du RomanNews 2019
Prix Blù Jean-Marc Roberts - 2019
Caractéristiques du livre
  • Date de parution :
  • Editeur : Flammarion (21/08/2019)
  • Collection : Littérature française
  • Nombre de pages : 368
  • ISBN: 978-2-08-147040-8
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Avis des lecteurs
Emmanuelle D. image du profil
(Fontaine Passy)


Ce roman est une immersion dans une maison close à Berlin. L’auteur, fascinée par le monde de la prostitution a voulu écrire sur ces femmes et il lui semblait naturel pour mieux comprendre cet univers, de devenir l’une d’elles et donc de vendre son corps. Ce livre est une véritable enquête sociologique, une plongée au cœur du désir, des fantasmes, de la psyché de ces hommes et de ces femmes. Un ouvrage sur la sororité, la fragilité masculine, la sexualité, le rôle de la prostituée dans la société. Comme le fit Maupassant pour Boule de Suif ou Zola avec Nana à leur époque, Emma Becker décrit le bordel de l’intérieur, et nous raconte sa propre expérience avec talent. Passionnant !!!

Alex-Mot-à-Mots image du profil

"J’ai toujours cru que j’écrivais sur les hommes. Avant de m’apercevoir que je n’écris que sur les femmes. Sur le fait d’en être une."

Dans ce dernier roman (mais s’agit-il d’un roman ou d’un récit ?) l’auteure parle d’une profession bien particulière : la prostituée, celle qui officie en maison close en Allemagne.

Á Berlin, la narratrice commence son métier dans une maison pleine de jeunes filles de l’est rivée à leur smartphone en attendant le client. Mais cela ne lui convient pas.

Elle trouve alors La maison où chaque femme est libre de venir travailler ou pas, de refuser un client, de disparaître sans laisser d’adresse.

"Il est vrai que la situation des prostituées est différentes en France, mais j’ai apprécié son analyse. Ce métier en appelle à la capacité des femmes à perdre leurs repères et à les retrouver tels qu’ils étaient à la même place" (p.241).

"Cette maison représente un endroit sur terre où ces femmes sont adorées, convoitées, réputées, flattées comme d’adorables despotes, (…) jalousées et acceptées (…). Et c’est peut-être exactement le nœud du problème" (p.249)

"Peut-être que le jour où on offrira aux femmes des boulots convenablement payés, elles n’auront plus l’idée de baisser leur culotte pour compléter leurs fins de mois "(p.255).

"Le bordel est la part d’humilité inexorable de la société, l’homme et la femme réduits à leur plus stricte vérité – de la chair" (p.356)

Elle m’a fait rire parfois, comme lorsque Paulette, archétype de l’Allemande, arrive au milieu de filles ukrainiennes.

J’ai été frappé par le rapport au temps de ces femmes qui attendent beaucoup. Parfois avec leurs camarades, parfois seules face à leur téléphone.

On sent dans ces pages, que la narratrice y a trouvé son bonheur pendant 2 ans. Et c’est là le principal.

L’image que je retiendrai :

Celle des beaux jours d’été à Berlin, à croire qu’il n’y a pas d’hiver.

https://alexmotamots.fr/la-maison-emma-becker/

Eric R. image du profil
(Librairie La Grande Ourse)

En intégrant une maison close à Berlin, la jeune écrivaine Emma Becker poursuit sa quête de compréhension de la mécanique sexuelle des femmes. Et des hommes. Dérangeant et incendiaire.

« Ce n’est ni un caprice ni une fantaisie d’écrire sur les putes, c’est une nécessité. C’est le début de tout. Il faudrait écrire sur les putes avant que de pouvoir parler des femmes, ou d’amour, de vie ou de survie ». Cette phrase glissée au milieu de ce gros livre dit tout de son objet. Emma Becker, jeune écrivaine de 31 ans, auteure déjà de deux romans et vivant à Berlin a décidé de parler de ces maisons closes dont elle dit que « ce sont des lieux où ce sont les femmes qui gouvernent ». Elle décide donc de rejoindre une maison close berlinoise pour ce qui devait être une année, et dura finalement deux ans et demi.

Pour son troisième roman la part autobiographique est indéniable ce que Emma Becker confirme: « L’écriture est à mon sens un second temps de l’expérience, une plongée au coeur de cette expérience, pour en éprouver toutes les dimensions. Je n’ai jamais pu vivre quoi que ce soit sans être déjà en train de l’écrire, simultanément ». Admirative de Calaferte cherchant à décrire « La Mécanique des Femmes », elle veut à son tour décrire la Mécanique des Hommes.

Ces deux années, elle va les passer dans deux maisons closes. Deux semaines d’abord au « Manège » où elle découvre ce qu’il y a, à ses yeux de pire dans la prostitution, et dont elle décrit les tares, avant de partir pour « La Maison », un bordel bourgeois. On rentre avec elle dans ce lieu, totalement réglementé en Allemagne. On découvre les locaux, les modalités de fonctionnement, les tarifs, mais pourtant le lecteur ne se trouve jamais en situation de visiteur ou de voyeur. Le sujet principal est ailleurs. Ici c’est toute la sexualité qui est intellectualisée comme si Emma se regardait ou regardait son client en train de faire l’amour pour comprendre les mécanismes du plaisir. Comme si la compréhension de l’acte était plus importante que l’acte lui même. Les longues heures perdues à attendre, l’ennui laisse le temps à l’écrivaine de regarder le comportement de ses voisines, leur motivation, leurs envies, leur lassitude. Le peu de relations entre elles lui permet de deviner, d’imaginer. Ce livre n’est donc pas une enquête sur les maisons closes mais une introspection.
A travers de très beaux portraits elle cherche à comprendre cette sexualité féminine tellement plus complexe que celle, bête et mécanique des hommes. Pourquoi se prostituer? Comment séparer l’affect du sexe? Quelle vie affective et sexuelle en dehors du bordel? Quand et pourquoi jouit on réellement?
En miroir de cette sexualité décortiquée, auscultée, épiée, le livre raconte aussi bien entendu celle des hommes, montrée comme une simple mécanique répondant essentiellement à des nécessités hormonales. Pas de portraits de pervers, pas de répertoires de pratiques bizarres. Le client qui a fait le plus peur l’écrivaine ne l’a pas touchée, lui demandant simplement d’inhaler des rails de coke avec lui. L’érotisme semble propre à la femme et l’on découvre à la fin de l’ouvrage avec gourmandise les pages quand Emma essaie de s’imaginer en homme, mais un corps d’homme en gardant son cerveau de femme.
On ressort de cet ouvrage un peu éreinté. Parfois porté par de belles pages quand le sexe et l’amour s’associent. Parfois lesté de tristesse quand le sexe tarifé est glauque et mécanique. Un livre probablement incandescent quand il défend la légalisation des maisons closes. Un livre indéniablement libre. Mais un livre dérangeant.

Eric

Victoire R. image du profil
(Librairie-Papeterie Peiro-Caillaud)

Qu’il est ardu de faire le tri entre la réalité et la fiction dans cet ouvrage… Tellement ardu que le.a lecteur.rice préfère rapidement abandonner l’exercice pour se concentrer sur l’écriture de l’autrice et les nombreuses péripéties qui jalonnent le roman…
Un livre audacieux qui propose un regard à la fois neuf et nostalgique sur le milieu de la prostitution en Allemagne.

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