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Notre histoire
1888 - Emile RONDEAU

A la mort d’Auguste Fontaine son fils Paul lui succéda, secondé par un parent proche Emile Fontaine qui avait été le collaborateur de son père. N’ayant que peu de penchant pour la bibliophilie Paul Fontaine ne conserva que peu d’années la maison paternelle et, en 1888, il la céda à Monsieur Rondeau.

 

Emile Rondeau avait fait ses premières armes chez Hetzel en qualité de secrétaire de Jules Hetzel père (J.P.Stahl), puis chez Victor Havard. A l’époque à laquelle il prit la direction de la librairie, les passages ainsi que le Palais Royal n’avaient plus le même éclat que jadis. Une opération immobilière démolit la partie du passage des Panoramas où se situait la librairie qui fut transférée au 19 boulevard Montmartre en 1894. Les amateurs commencaient à délaisser les classiques. Des groupements de bibliophiles se formaient, l’édition se transformait: on apportait un soin tout particulier à l’impression et à l’illustration des ouvrages dont on restreignait les tirages. Ce fut l’époque des Conquet, Ferroud, Testard. Non contents de joindre à leurs exemplaires de nombreuses épreuves de luxe, les amateurs désirèrent des reliures moins sévères que celles de Lortic, Cuzin.

 

Pour ces livres souvent enrichis de dessins et aquarelles originaux, on créa la reliure symbolique. Les épées s’entrelacèrent sur les reliures des romans d’Alexandre Dumas père, tandis que les camélias s’épanouissèrent sur le célèbre roman de son fils et les myosotis sur les poésies d’Hégésippe Moreau. Emile Rondeau comprit l’importance de ce changement dont Marius Michel fut sans doute l’instigateur. Il résolut de l’encourager et ce fut dans ses catalogues mensuels illustrés qu’apparurent pour la première fois les reproductions des créations des Meunier, Raparlie , Ruban, Canaoé etc... à côté de celles de grands relieurs que certains néo-bibliophiles qualifiaient déjà de “poncifs”. Ces ouvrages, habillés suivant ses conseils, avaient été au préalable enrichis d’aquarelles ou de dessins de Leloir, Jazet, Robida. La plupart d’entre eux ont été jugés dignes de figurer sur les rayons des bibliothèques de grands amateurs.

 

Dernier titre édité par Emile Rondeau au bas duquel Monsier Affolter a noté le changement d’adresse. Malgré ce développement des ouvrages modernes, les livres anciens armoriés étaient toujours très recherchés. Mais les amateurs étaient sans guide pour identifier les anciens possesseurs de ces ouvrages. Emile Rondeau voulut combler cette lacune et il chargea Joannis Guigard, avec lequel il collabora intimement, d’établir un répertoire alphabétique des diverses armoiries que l’on peut rencontrer sur les livres.

 

C’est ainsi que parurent en 1890 les deux volumes du “Nouvel armorial du bibliophile” contenant 2.500 blasons. Divers autres ouvrages furent également publiés : “Le bibliophile qui passe, notes sur un grand bibliophile le Comte de Lignerolles” par Jules Lepetit, “Les Keepsakes et les annuaires illustrés de l’époque romantique” par B.H.Gausseron, “Les passionnés du livre” par Firmin Maillard. Enfin, pour répondre au goût qui se développait à cette époque pour les estampes, les affiches, les caricatures, et afin de tenir les amateurs au courant, il fonda une revue documentaire illustrée “Le livre et l’image” avec le concours de J.Grand-Carteret et la collaboration d’écrivains et de bibliophiles comme Victor Fournel, Henry Houssaye, Baron Portalis, et d’artistes comme Crafty, Robida, F.Fau.

 

Emile Rondeau céde en 1899 la librairie Fontaine à Monsieur Jules-Olivier Affolter qui était entré comme commis à la librairie avant la mort d’Auguste Fontaine et avait été un collaborateur précieux et dévoué pour Paul Fontaine et Monsieur Rondeau.

1899 - Jules et Paul AFFOLTER

Né à Paris en 1857, Jules Affolter fit son apprentissage de libraire chez Auguste Picard savant et érudit libraire de la rue Bonaparte. Il y resta de 1873 à 1878 et fut présenté à Auguste Fontaine par Monsieur Picard lui-même. Le passage des Panoramas changeait le jeune débutant du calme et gai quartier du Luxembourg. Les clientèles étaient différentes, l’une plus mondaine, l’autre plus savante. En raison du mouvement d’extension de Paris vers l’Ouest, Jules Olivier Affolter décida de transférer la librairie dans un immeuble neuf au 50 rue de Laborde, local qu’elle occupe encore actuellement.

 

En un quart de siècle, de 1900 à 1925, le commerce des livres de luxe subit une transformation totale. Les belles éditions anciennes devinrent de plus en plus rares, n’apparaissant que dans les ventes publiques et y atteignant des prix que n’imaginaient pas les bibliophiles du temps de Fontaine. Tout en continuant à présenter de belles éditions modernes Monsieur Affolter ouvrit son magasin à la littérature, l’art, l’histoire qu’éditaient de faêon industrielle les grands éditeurs comme Crès, Conard, Hachette, Grasset, Lemerre, Gallimard et bien d’autres. Travaillant avec son frère Paul Affolter, relieur réputé, il proposa à ses clients d’habiller leurs plus beaux ouvrages ou les titres qu’ils voulaient conserver dans leur bibliothèque. La vieille librairie Fontaine conserva, sous sa houlette, la réputation de bon goût et de sérieux qu’on lui connaissait depuis déjà plus d’un siècle.

La librairie de Marcel Proust

Parmi ses clients renommés figurait Marcel Proust. Céleste Albaret, sa fidèle domestique, raconte dans ses souvenirs :

 

“Ou alors c’était un volume, qu’il m’avait demandé de chercher dans ses piles de livres, et comme la lumière de sa petite lampe était faible pour éclairer toute la chambre et que, même si on avait le droit d’en allumer d’autres, par une sorte d’habitude ou de respect, on ne le faisait pas, je n’arrivais pas à mettre la main dessus ; il s’impatientait doucement et finissait par me dire : - J’abandonne. J’aime mieux que vous alliez l’acheter chez le libraire. Et j’allais. C’était une librairie de quartier rue Laborde, entre l’église Saint-Augustin et le boulevard Haussmann. Le libraire s’appelait Monsieur Fontaine. Il était vieux avec une petite calotte sur la tête et une blouse blanche. Il adorait son métier, à croire qu’il ne pouvait se résigner à quitter ses livres : même pendant la guerre, il tenait sa boutique ouverte jusqu’à une ou deux heures du matin. J’arrivais, j’indiquais la volonté de Monsieur Proust; le plus souvent Monsieur Fontaine me répondait : - J’ai êa et êa, mais malheureusement je n’ai pas le livre qu’il veut. Tout de même je pense que ceci fera son affaire. Sinon vous le rapporterez.. Quelque fois je repartais avec plusieurs livres. Je les tendais à Monsieur Proust en expliquant ce qu’avait dit le libraire. Mais, le temps de mon aller et retour, c’était comme pour ses autres envies, ou bien il avait dépassé son sujet, ou bien il disait : - Cela va me faire perdre encore du temps. Posez-les Céleste.”

 

Les frères Affolter Libraire de métier, connaissant bien toute sa clientèle dont il était très estimé, travailleur acharné, Monsieur Affolter sut, avec la collaboration assidue de sa femme, conserver à la librairie sa réputation. Dans cette tâche il fut secondé par son frère Paul Affolter, relieur habile dont la maitrise s’affirmait dans la direction de l’atelier de reliure situé au sous-sol du magasin rue de Laborde.

 

Une mort prématurée, en Mars 1929, vint frapper Paul au moment où la valeur de ses oeuvres, exposées parfois jusqu’à l’étranger, était équivalente à celle des productions des grands relieurs franêais. Paul Affolter est souvent cité à cette époque comme participant aux grandes expositions du Musée Galliera ou à Saint Louis aux USA aux côtés de Gruel ou Kieffer. Haut de page