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Notre histoire
Auguste-Carolin-Jean FONTAINE

Auguste-Carolin-Jean FONTAINE est né en 1813 à Montsurvent, petite commune des environs de Coutances, dans la Manche.Comme beaucoup de Normands de ce département, il était venu à Paris dès son jeune âge pour y chercher fortune dans la librairie.On sait que plusieurs grands libraires parisiens du début du XIXème siècle étaient Normands. A peine âgé de quinze ans, il entra comme petit commis chez un libraire nommé Leroi, place du Louvre, et au bout de deux ou trois ans ce dernier lui donna à tenir une petite boutique, ou plutôt un étalage, d’abord dans le passage Vero-Dodat et ensuite rue Montesquieu.

 

Doué d’une grande activité et d’une nature très entreprenante, le jeune Fontaine ne tarda pas à songer à s’établir. Il s’associa bientôt avec un autre commis libraire, plus âgé que lui de quelques années et très sérieux, Monsieur Dauvin, et en 1834, il avait 21 ans, ils fondèrent ensemble, au 35 passage des Panoramas, la maison qui devait acquérir une si grande importance. Pendant une vingtaine d’années les deux associés ne vendirent guère que des livres modernes courants et des livres d'étrennes, dont ils se créèrent une spécialité qui devait devenir pour eux très lucrative.

 

Le succès leur permit de s’agrandir en achetant deux boutiques attenantes 36 Passage des Panoramas et 1 & 10 Galerie de la Bourse. Quant aux livres anciens et surtout aux livres précieux, ce ne fut qu’après la retraite de Monsieur Dauvin, vers 1854, que Monsieur Fontaine commenêa à s’en occuper. Il fut un précurseur semble-t-il, car ces ouvrages n’avaient pas la faveur du public.

 

Le bibliophile Jacob écrit que "c’est Monsieur Fontaine qui a créé ce qu’on peut nommer la librairie de luxe ou l’industrie des beaux livres; c’est lui qui a remis en honneur les chefs-d’oeuvre typographiques de Pierre Didot ainé, qui a fait remonter à si haut prix les classiques franêais, qui a fait remonter la valeur des magnifiques éditions anciennes de Voltaire, Buffon, J.J.Rousseau qu’on avait complètement laissées de côté comme trop volumineuses”.

 

Charles Nodier vantait les libraires de son époque qui font des livres. Il y avait à Paris plusieurs libraires qui faisaient des livres anciens mais Monsieur Fontaine était le seul à faire des livres modernes qu’il faisait habiller somptueusement par les Maîtres relieurs de cette époque, les Cuzin, Capé, David, Trautz-Bauzonnet..

Libraire de la Cour

Monsieur Fontaine était devenu le dépositaire des fers armoriés destinés à être apposés sur les reliures des ouvrages de leur bibliothèque personnelle. Il devenait bientôt libraire de la Cour sous le règne de Louis-Philippe et à la Restauration de l’Empire Prosper Mérimée le fit désigner pour former la bibliothèque de S.M. l’Impératrice ce qui lui mérita le titre de fournisseur de la Cour.

 

Une chronique de l’époque indique : “Il est presque inutile de tracer le portrait de cet homme que tout Paris connait, car il n’est personne qui ne passe devant sa porte, où on le voit à chaque instant apparaître pour guetter et arrêter presque de force ses clients, sans remarquer ce petit homme gros et court, plein de bonhommie et d’exubérance, emplissant de ses éclats de voix le passage des Panoramas, dans lequel il est à l’aise comme dans ses appartements. Sa familiarité est typique et entrainante et lorsqu’il tient un client il ne le laisse jamais sortir sans lui avoir vendu quelque chose, fût-ce un volume de 1 fr 25 ou un volume de 10.000 frs”.

 

C’est Auguste Fontaine qui déclarait à P.L.Jacob : “L’amour des livres vient par les yeux. Mettez des livres bien reliés devant la personne du monde la plus indifférente ou même la plus ignorante, elle finira par s’y prendre comme à la vue d’un bijou, car plus on voit les beaux livres, plus on les aime”. Monsieur Fontaine était d’une activité prodigieuse, étonnante même jusqu’à la fin de sa vie, son ardeur commerciale ne s’étant pas ralentie depuis sa jeunesse. Dans sa maison il s’occupait de tout, il avait l’oeil partout, et les plus petites choses attiraient son attention.

 

A la fin de sa vie il eut à traiter de grandes affaires et fit d’importantes acquisitions dans les ventes publiques dépassant parfois la centaine de mille francs de l’époque comme aux ventes de M.Didot, Pichon, Potier, Turner, de Ganay. En 1882, le 20 Février, après une courte maladie il meurt chez lui. La “Chronique de l’Imprimerie et de la Librairie” du Cercle de la Librairie, dont Monsieur Fontaine était membre fondateur, à l’époque présidé par Monsieur Hachette fait paraître une notice nécrologique : “La librairie française vient de faire une perte très douloureuse. Monsieur Fontaine, le libraire si connu du passage des Panoramas, est mort à Paris, il y a quelques jours, après une courte et bien terrible maladie. Un phlegmon diffus, cet affreux mal qui ne pardonne presque jamais, et dont il avait sans doute en lui le germe depuis quelque temps, s’était déclaré à un doigt de pied.

 

Monsieur Fontaine, toujours si vif et si remuant, n’y pris pas garde d’abord, et c’est seulement lorsqu’il lui fut impossible de marcher qu’il consulta un médecin. Il fallut se mettre au lit tout de suite et dès le lendemain un chirurgien appelé en toute hâte dut lui faire subir une première opération. Mais il était trop tard et le mal avait déjà envahi une grande surface, de sorte que les pansements et les cautérisations réitérées, l’amputation même du doigt atteint, ne purent le sauver. Malgré les soins les plus énergiques et les plus empressés, qui lui furent prodigués avec un véritable dévouement par son ami le docteur Leclere et par le fameux chirurgien docteur Labbé, le mal fit des progrès effrayants et tout fut inutile; il succomba au bout de huit jours, le Lundi matin 20 Février ”.

 

Cette mort imprévue et, on peut le dire aussi, prématurée, car Monsieur Fontaine n’avait que soixante-huit ans, produisit aussitôt une vive émotion. Son convoi fut suivi le lendemain par un très grand nombre de connaissances, d’amis et de confrères, plus de deux mille personnes, écrivit-on dans un journal Son fils Paul et son gendre qui tavaillaient avec lui depuis quelques années prirent la direction de la librairie.

Le passage des Panoramas
Au début de l’année 1834 s’ouvrait dans le passage des Panoramas une modeste boutique de librairie. Le jeune Auguste Fontaine avait pensé que, dans ce passage, si en vogue à cette époque, il aurait la chance de réussir. Il ne s’était pas trompé. Grâce à son activité, à son affabilité, il sut attirer les clients et bientôt trop à l’étroit dans sa petite boutique, il dut y adjoindre successivement les magasins voisins.

La vogue des grands classiques français incita Monsieur Fontaine à publier divers ouvrages de bibliographie et d’iconographie. C’est ainsi que virent successivement le jour “La Bibliographie Cornélienne” par Félix Picot , “La bibliographie et iconographie Moliéresque” par Paul Lacroix (Bibliophile Jacob). Ce dernier lui confia également la publication de sa “Bibliographie et iconologie de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne”.

Monsieur Fontaine savait s’entourer de collaborateurs qu’il formait et instruisait. C’est auprès de lui que Damascène Morgand débuta et acquit les connaisances qui firent de lui un des plus éminents et des plus savants libraires franêais.

Un des plus éminents bibliophiles modernes, le baron Stéphane de Lagardel a écrit en 1867 un opuscule élégant décrivant l’histoire de la Librairie Fontaine dont nous tirons ci-dessous quelques éléments.

Les premières années du XIXème siècle avaient vu s’affaiblir et même presque disparaître le commerce des livres de luxe, malgré l’intérêt que portait Napoléon Ier aux belles productions de l’art typographique et les efforts de la Restauration, la société née de la révolution n’était plus dominée par tout ce qui était empreint d’un caractère de noblesse et de grandeur. “Aussi entendions-nous, écrit le baron de Lagardel, il y a trente ans les bibliophiles rappeler avec amour et regret le souvenir de ce 18ème siècle qui a voué une sorte de culte aux livres de luxe, qui vit naître tant de magnifiques éditions, tant de splendides reliures. L’industrie des beaux livres était à peine connue ou plutôt n’était plus qu’un brillant souvenir. Les libraires vendaient leurs livres brochés. Les acheteurs comme les bibliophiles se contentaient d’un simple cartonnage ou tout au plus d’une reliure commune”.

“Mais parmi nous le goût des belles choses n’éprouve jamais qu’un temps d’arrêt. Depuis vingt ans le commerce des livres de luxe a deux fois centuplé ses recettes annuelles. De nos jours le goût des beaux livres a pénétré dans toutes les classes de la société. Dans l’hôtel du riche vous trouverez la bibliothèque garnie de livres de luxe, d’éditions rares et curieuses. Vous trouverez une partie des mêmes richesses dans le cabinet de la bourgeoise, de l’industriel ou du commerêant. Les jeunes hommes et surtout les femmes en font une question de délicatesse, de goût et de bon ton”. “L’histoire de cette renaissance se lie étroitement à l’histoire d’une librairie parisienne dont il n’est pas sans intérêt de connaître l’origine, les progrès et la situation actuelle”.

Celui dont Monsieur de Lagardel parle avec tant d’éloquence et dont il fait un éloge mérité par une carrière qui représente alors plus de trente années de travail et d’efforts, n’est autre qu’Auguste Fontaine, devenu à cette époque les libraire le plus réputé en France et à l’étranger.



Installé en 1834 dans le passage des Panoramas qui devait son nom aux panoramas de Rome, Naples et Florence peints par Pierre Prévost à sa construction par l’ingénieur Robert Fulton, il profita de l’habitude que les parisiens avaient de s’y promener. Le voisinage de maisons célèbres, telles celles de Franscati fermé en 1837, ou du graveur Stern qui existe toujours, attire dans ce passage une clientèle riche, élégante. La bourgeoisie n’étale pas la splendeur de son luxe. Elle est prudente car elle croit avoir résolu le problème de marier la Révolution avec la Monarchie. Les luttes du Parnasse où le Romantisme entre en guerre avec le Classique accaparent une bonne part de ses capacités combatives.

L’explosion du Romantisme facilite la renaissance de la librairie parisienne. Deux écoles se trouvant en présence, le goût de la lecture se répand. Nodier, Balzac, Hugo, Vigny, Dumas, Musset, Mérimée, Lamartine sont les auteurs nouveaux. La bataille romantique est engagée, on lutte à coup de strophes, de rimes, les vers sont des boulets qui assassinent, il faut des munitions, on se dispute les auteurs de la Pleïade, les libraires n’arrivent plus à fournir les oeuvres de Ronsard Malherbe, du Bellay, d’Aubigné. Les oeuvres de Corneille, Racine, sont en nombre trop restreint pour satisfaire aux demandes d’une élite littéraire toute passionnée d’amour, de gloire et de liberté. Les clameurs du Palais-Royal voisin saluent les succès et, dans le passage des Panoramas, les amateurs, fins lettrés, critiques ou amis des belles éditions aux splendides reliures entrent chez Auguste Fontaine. A sa fondation cette librairie se faisait modeste parmi les établissements du passage. Mais Monsieur Fontaine était un homme actif, intelligent, épris de l’amour du beau, animé du feu sacré qui lui acquit rapidement une grande renommée auprès des savants, littérateurs et bibliophiles qui se donnaient rendez-vous dans sa boutique, admirant son habileté, son énergie et sa persévérance. Ils y trouvaient les ouvrages à leurs goûts.

Catalogues de bibliophilie

Ayant rescuscité en France et même à l’étranger la passion des livres de luxe, des riches éditions et des splendides reliures, Auguste Fontaine accumula en une vingtaine d’années de véritables trésors. C’est à cette époque, vers 1857, qu’il prit pour le seconder Damascène Morgand qui devait devenir par la suite un des principaux et des plus célèbres libraires parisien après l’avoir quitté en 1875. Durant leur collaboration à la fois érudite et commerciale la librairie fit paraître des catalogues annuels et détaillés, exacts et minutieux dont la présentation fut demandée au bibliophile Jacob (alias Paul Lacroix) bibliothécaire de l’Arsenal. Dans sa préface pour l’année 1857 Paul Lacroix, présentant ces catalogues, fait l’éloge de ces sélections : “On a vu quelques libraires en vogue s’attacher à donner satisfaction aux désirs, aux exigences des bibliophiles, en leur donnant des catalogues à prix marqués qui sont devenus de véritables répertoires bibliotechniques à l’usage des acheteurs de beaux livres.

Monsieur Auguste Fontaine est celui qui a porté au plus haut degré de perfection ce genre. Les énormes volumes dans lesquels il expose chaque année les trésors de sa librairie, sembleraient même avoir pour principal objet de faire suite au Manuel du Libraire et de le compléter avec éclat, car on y rencontre une foule de raretés et de curiosités bibliographiques que Monsieur Brunet n’a pas connues. De plus la description des livres qui s’y trouvent réunis est aussi exacte, aussi abondante, aussi minutieuse qu’elle pourrait l’être dans les meilleures bibliographies raisonnées. Aussi en lisant de tels catalogues est-on forcé de reconnaître que certaines parties du Manuel du Libraire sont à refaire pour une nouvelle édition et que le savant Pierre Deschamps, à qui revient l’honneur de continuer et d’achever l’oeuvre de Brunet, ne saurait mieux faire que de copier quelques-unes des descriptions de ces catalogues. Mais ce qui fait la véritable richesse bibliographique du catalogue Fontaine, ce sont les éditions originales des classiques franêais, surtout celles de Corneille, Racine et Molière.

 

Aux bibliophiles de notre temps appartient uniquement l’honneur d’avoir fait sortir de la poussière et de l’oubli où elles étaient ensevelies ces originales qui sont la gloire de la bibliophilie française”. C’est à tous ces amateurs grands et petits que Monsieur Fontaine a pensé en faisant imprimer son nouveau catalogue qui ne reproduit pas les précédents et qui accuse, par le choix des livres qu’on y admire, le goût dominant de la bibliophilie, de la bibliomanie : livres à figures du 18ème siècle, reliures anciennes en maroquin de notable provenance et surtout reliures miraculeuses de Trautz, Bauzonnet, éditions originales de Boileau, La Fontaine, Corneille, Molière, Racine et (je ne le dirai que bien bas de peur d’être intéressé à la chose) de ce scélérat de Restif de la Bretonne que la critique de son temps croyait avoir étouffé dans le ruisseau et qui en est sorti effrontément pour se faire une apothéose dans l’olympe de la bibliographie”.

 

Paul Lacroix présente ensuite les principaux clients d’Auguste Fontaine :“Comme Le Tasse énumérant les chefs de la croisade dans La Jérusalem Délivrée, je veux classer en trois ou quatre catégories les grands amateurs qui commandent le bataillon sacré de la bibliophilie française. Je n’ai pas la prétention de les connaître tous aussi bien que Monsieur Fontaine qui a déjà publié exprès pour eux ses catalogues qui représentent le plus bel ensemble de raretés qu’on ait jamais réunies et dont la valeur totale s’élève à plus de cinq millions ! Or tous ces livres ont été vendus dans l’espace de cinq années et il a bien fallu refaire de toutes pièces ce nouveau catalogue adressé aux mêmes amateurs.

 

Ceux-ci, dont aucun ne manque à l’appel quand on annonce une vente de beaux livres, je me permettrai de les juger par les livres que j’ai vu passer dans leurs mains depuis vingt ans. Je place à leur tête Monseigneur le Duc d’Aumale qui possède une incomparable bibliothèque dans laquelle est venu se fondre celle de Monsieur Cicongne, mais qui malheureusement après l’avoir lui-même formée avec un goût exquis, semble maintenant se désistéresser de la bibliophilie active tout en aimant passionnément les beaux livres.

Monseigneur le Duc d’Aumale fait rebâtir le chateau de Chantilly pour y loger princièrement sa bilbiothèque. On ne parlait jadis que des écuries du Grand Condé, on parlera bientôt de la bibliothèque de Chantilly. Après lui il faut nommer d’abord et avant tout Monsieur le Baron James de Rotschild, le plus ardent, le plus enthousiaste, le plus libéral des bibliophiles depuis que notre regretté ami Ambroise Firmin-Didot n’est plus là pour commander en chef l’armée combinée des bibliophiles et des bibliographes.

 

Monsieur de Rotschild a réuni à grands frais la collection d’éditions et de pièces gothiques françaises la plus précieuse d’Europe. A la suite je me dois de nommer Monsieur le Baron Jérôme Pichon, président de la société des Bibliophiles Franêais, bibliophile émérite depuis quarante ans qui, trop encombré de livres, s’est décidé avec regrets à faire vendre le tiers de ses collections, vente célèbre qui a produit 500.000 francs et produirait aujourd’hui un bon tiers de plus étant donné la hausse générale du prix des beaux livres. Dans une armée on ne saurait se passer de généraux de division. Monsieur Dutuit, premier bibliophile de Rouen, doyen des bibliophiles franêais, Monsieur le comte de Lignerolles dont la collection renferme un si grand nombre de pièces historiques des 15ème,16ème et 17ème siècles en reliures anciennes, Monsieur le Baron de Laroche-Lacarelle qui a formé un musée de reliure plus complet et aussi bien choisi que celui de Motteley détruit dans l’incendie de la bibliothèque du Louvre, et enfin Monsieur Edouard Bocher dont la bibliothèque est trois fois plus nombreuse que celle de Monsieur de Lignerolle et lui permet de revendiquer l’honneur d’être le premier aide de camp bilbiophile du Duc d’Aumale. Nommons ensuite les généraux de brigade : Monsieur de Villeneuve qui recherche les éditions originales des classiques, les pièces historiques, les vieux poëtes, les belles reliures; Monsieur le Marquis de Ganay qui a hérité de son père la passion des belles reliures; Monsieur le Baron Seillière qui a une collection précieuse de romans de chevalerie, d’éditions du 15ème siècle de manuscrits anciens et de livres d’heures ; et enfin Monsieur Léopold Double qui voulut avoir une bibliothèque dans son hôtel tout rempli de meubles historiques et d’objets d’art, s’est défait de celle-ci pour plus de 400.000 francs car elle devenait trop envahissante, et en a reconstitué une nouvelle qui tient moins de place mais qui n’en vaut pas moins.

 

D’autres amateurs donnent l’exemple de l’amour des livres et peuvent montrer de brillants états de service dans la bibliophilie. C’est Monsieur le Comte de Sauvage qui a conquis bien des livres précieux bien qu’il habite Bruxelles ; c’est Monsieur Paillet qui, un des premiers, a inauguré la vogue des livres à figures du 18ème siècle; c’est Monsieur l’Abbé Bossuet qui s’est fait un devoir d’accaparer tous les livres annotés par Bossuet et tous les manuscrits autographes de ce dernier; c’est Monsieur le Baron de Ruble qui conserve la délicieuse bibliothèque de son oncle et qui ne cesse de l’enrichir de nouveaux bijoux; c’est Monsieur le Comte de Behague amateur de livres illustrés du 18ème, de livres avec armoiries et précieuses éditions; c’est enfin Monsieur le Baron Portalis qui s’est fait en peu d’années une collection très intéressante des plus beaux échantillons de la reliure, de la gravure et de la typographie. Citons enfin parmi les capitaines de la bibliophilie Messieurs Quentin-Bauchard, Michelot, Delicourt, Henry Leroy, le Prince d’Essling, le Duc de Brissac, Bancel, Georges Danyau, Gonzales, le Comte de Foy etc...” Ainsi décrite la clientèle de la librairie Fontaine représente pour la France les vrais bibliophiles de cette époque. Ces noms évoquent une époque disparue dont les survivants sont rares. Mais ces noms demeurent attachés à notre patrimoine national. Par leurs fortunes et grâce à eux de belles productions ont été sauvées de la destruction et des oeuvres sont nées auxquelles les années donnent une valeur artistique et matérielle de plus en plus importante. Ce n’était pas assez pour Monsieur Fontaine d’avoir recueilli ces chefs-d’oeuvre, il avait groupé autour de lui tous les talents qui pouvaient les embellir et leur donner un invincible charme. Les relieurs les plus habiles et les plus renommés vinrent le seconder : le célèbre Cape qui sait si bien joindre à la beauté et à la solidité des reliures une élégance et un savoir-faire qui fait le désespoir de ses rivaux, l’inimitable Marius et des doreurs en renom. Sous sa direction l’industrie prit un tel essort que le travail quotidien de nombreux ouvriers suffit à peine à la fabrication des riches reliures. Mais en 1875 son principal collaborateur Damascène Morgand le quitte pour s’établir à son compte. Monsieur Fontaine s’associe pour quelques temps avec Monsieur Jules Lepetit, puis fait entrer dans l’entreprise son fils Paul et son gendre Monsieur Haverna. En 1878 il engage comme commis un Olivier Affolter que l’on retrouvera quelques années plus tard à la tête de la librairie.

 

En 1882 Monsieur Fontaine meurt laissant la librairie la plus réputée de Paris à son fils et son gendre Monsieur Haverna qui la cèdent en 1888 à Monsieur Emile Rondeau. Vieil ami de la librairie Fontaine, j’ai cru devoir résumer son curiculum-vitae car j’ai pu apprécier tous les efforts accomplis par ceux qui en assumèrent la direction au cours de son long cycle d’années et la conservèrent bien vivante. Je crois, en fêtant son centenaire, être l’interprète de tous en souhaitant une longue carrière à cette honorable centenaire. Pierre Brillard de Nouvion.