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La Pléiade - Faites votre choix parmi les titres récemment parus
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Œuvres Œuvres En stock 66,50 € Philippe Jaccottet

Philippe Jaccottet a lui-même choisi les œuvres rassemblées dans ce volume, y recueillant tout ce qu’on pourrait qualifier d’écriture «de création» et laissant de côté son travail de critique et de traducteur, ainsi que certains textes de circonstance liés à des voyages ou à des hommages ; il a veillé à ce que ses livres apparaissent selon la chronologie de leur publication initiale, qui était jusqu’alors parfois masquée par des regroupements éditoriaux ultérieurs. Recueils de poèmes et livres de prose alternent d’abord, bientôt ponctués à intervalles plus ou moins réguliers par les notes de carnets qu’égrènent les différentes livraisons de La Semaison. Retrouvant leur titre unique, celles-ci sont ici restaurées dans toute la cohérence de leur projet et complétées par les Observations, 1951-1956, longtemps inédites et qui sont comme l’amorce de ces semences littéraires rassemblant choses vues, choses lues et choses rêvées. L’évolution des poèmes est frappante : des sonnets rimés de L’Effraie (1953) aux pièces brèves et épurées d’Airs (1967) se fait sentir l’influence des révélations majeures que furent les paysages de Grignan et les haïku japonais. Par les chants plus tourmentés des livres de deuil qui se succèdent ensuite, de Leçons (1969) à Pensées sous les nuages (1983), le poète tente de maintenir le flux des mots malgré la mort qui semble faire vaciller jusqu’au langage. À partir de Cahier de verdure (1990), proses poétiques et vers se mêlent au sein d’un même recueil. Une forme éminemment personnelle s’invente, se concentrant sur les éclats de joie épars dont il s’agit de restituer la lumière. Comment embrasser à la fois le clair et le sombre, le grave et le léger, le tout et le rien ? L’œuvre de Jaccottet s’impose par l’exigence de sa quête, la pureté rayonnante et sans affectation de son chant - «L’effacement soit ma façon de resplendir», écrivait-il dès L’Ignorant (1957). Sans céder jamais à l’épanchement, se refusant autant au nihilisme qu’à l'exaltation - à «l’écœurant brouillard d’un certain lyrisme» -, elle trouve certes dans la beauté subtile et poignante de la nature - lumière d’hiver, vergers en fleurs - une réponse vitale à la violence du monde et au désenchantement. Mais cette beauté n’a rien d'un refuge éthéré ; elle est comme une lame qui permet de creuser dans l’opaque. Cette poésie, nourrie d’ombre, s’écrit avec le vide et contre lui.
Philippe Jaccottet a lui-même choisi les œuvres rassemblées dans ce volume, y recueillant tout ce qu’on pourrait qualifier d’écriture «de création» et laissant de côté son travail de critique et de traducteur, ainsi que certains textes de circonstance. Recueils de poèmes et livres de prose alternent d’abord, ponctués par les notes de carnets qu'égrènent les différentes livraisons de La Semaison.

Œuvres complètes III, IV Œuvres complètes III, IV En stock 133,00 € Marguerite Duras

Au sommaire des Œuvres complètes de Marguerite Duras figurent l’intégralité des livres publiés du vivant de l’écrivain et de nombreux textes ou documents peu accessibles, voire inédits. Les deux premiers volumes menaient le lecteur jusqu’en 1973, l'année d’India Song. Les tomes suivants couvrent chacun une décennie : 1974-1984 pour le troisième volume, 1985-1995 pour le quatrième. Les livres que Duras publie entre sa soixantième et sa soixante-dixième année (tome III) sont souvent brefs, à moins qu’ils ne prennent, comme Outside et Les Yeux verts, la forme de recueils. Ils marquent un désir de renouvellement, et tous ne touchent pas immédiatement le public, mais il est aujourd’hui évident que Le Navire Night, L'Été 80, Savannah Bay ou La Maladie de la mort sont des jalons majeurs de l’œuvre. En 1984, enfin, L’Amant connaît un triomphe critique et commercial inouï. Le statut littéraire et public de Duras bascule. Les années 1974-1984 sont aussi une «décennie cinématographique». Les films - Le Camion, Baxter, Véra Baxter, Le Navire Night, les deux Aurélia Steiner, etc. - dialoguent avec les livres qui leur correspondent et infléchissent notre façon de lire Duras. Les scénarios et autres tentatives d’adaptation figurent donc en bonne place parmi les textes réunis «autour des œuvres». La décennie suivante (tome IV) est d’une certaine manière celle de la «réécriture». Certes, Emily L. est un texte entièrement nouveau. Mais Duras revient souvent sur ses propres pas : en 1986, Les Yeux bleus cheveux noirs «récrit» La Maladie de la mort (1982) ; en 1990, La Pluie d’été «récrit» un livre pour enfants paru en 1971 ; en 1991, L’Amant de la Chine du Nord est en quelque sorte une nouvelle version de L'Amant… et le quatrième livre tiré de l’expérience indochinoise de l’auteur. L’œuvre semble alors former une boucle, sentiment renforcé par la tonalité testamentaire de certains ouvrages (Écrire, 1993), mais aussi par le retour opéré par Duras sur quelques-uns de ses textes les plus anciens. En 1985, La Douleur reprend des pages écrites dès le lendemain de la guerre. En 1990, à l’occasion de la rédaction de Yann Andréa Steiner (1992), l’écrivain revient au manuscrit de Théodora, un roman des années 1940, inachevé et resté inédit ; on en trouvera en appendice les passages les plus aboutis. L’édition se clôt sur des «Textes épars» : jamais recueillis par leur auteur, ces articles ont été rassemblés ici en raison de leur intérêt propre ou parce qu’ils font écho à de grands thèmes de l’œuvre. Certains d’entre eux jouèrent un rôle dans la manière dont Marguerite Duras fut et demeure perçue : non seulement comme un écrivain, mais comme un «personnage», une légende, presque un mythe.
Coffret de deux volumes vendus ensemble
Coffret de deux volumes vendus ensemble.

Œuvres complètes Œuvres complètes En stock 68,00 € Madame de Lafayette

En 1662 paraît La Princesse de Montpensier. Des copies de l’ouvrage circulent depuis quelque temps déjà. La nouvelle «court le monde», déplore l’auteur ; «mais par bonheur ce n’est pas sous mon nom». En 1669, on dresse le portrait d’«Hypéride», alias Marie Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de Lafayette : «Elle écrit parfaitement bien, et n’a nul empressement de montrer ses ouvrages.» Quand paraît, l’année suivante, le premier volume de Zayde, il est attribué à Segrais. En 1678, première édition, anonyme, de La Princesse de Clèves. Des rumeurs suggèrent que Mme de Lafayette pourrait en être l’auteur. Elle se dit flattée, mais dément. Il reste que, chaque fois, le succès est au rendez-vous. En témoignent les nombreuses contrefaçons, traductions et adaptations de ces œuvres qui fleurissent dès le XVIIᵉ siècle. C’est naturellement La Princesse de Clèves qui suscite le débat le plus véhément. Mme de Clèves a-t-elle eu raison d’avouer au prince son mari qu’elle était amoureuse de M. de Nemours ? Le Mercure organise une enquête publique sur ce point. Le genre de l’ouvrage est mis en question. Roman d’imagination, roman historique, roman galant ? La querelle fait rage entre les Anciens et les Modernes. Le livre inaugure un nouveau genre. Jugé invraisemblable, il donne lieu à une véritable entreprise de réécriture, que motivent l’étonnement suscité par le récit, les silences que l’on y perçoit, l’insatisfaction quant au sort de l’héroïne. Sans doute ne lit-on plus l’œuvre de Mme de Lafayette comme on le faisait au XVIIᵉ siècle ; c’est d’ailleurs ce qui garantit sa survie. Nous voyons dans La Princesse de Clèves un roman de la passion et de la destinée, un chef-d’œuvre de l'analyse psychologique, un sommet de la langue française, le livre d’une femme, l’acte de naissance du roman moderne. Mais il ne faut pas s’y tromper. Le rayonnement quasi mythique du livre tient à sa double appartenance : à son temps, au nôtre. La présente édition - qui rassemble tous les ouvrages attribuables (ou attribués) à celle qui n’en signa aucun - ne néglige aucune de ces deux dimensions. Les nombreux documents annexés aux œuvres éclairent leurs sources historiques et les conditions de leur réception ; les textes eux-mêmes, nouvellement établis, sont accompagnés, pour la première fois, des éclaircissements linguistiques désormais indispensables à une lecture exacte et sensible. Aux œuvres s’ajoute la correspondance intégrale, qui montre que Mme de Lafayette ne doit pas être ramenée aux clichés que l’histoire littéraire nous a transmis sur son compte. «Elle a cent bras. Elle atteint partout», disait d’elle une amie chère, la marquise de Sévigné. Les lettres révèlent une femme d’influence, une femme d’affaires et d'intrigues, «persuadée que l’amour est une chose incommode», à la fois fascinée par la passion et aspirant à la paix intérieure, en un balancement qui est au cœur de son œuvre.
Ce volume contient : Portraits - Histoire de la Princesse de Montpensier sous le règne de Charles IXᵉ, roi de France - Histoire de Madame la comtesse de Tende - Lettres-pastiches - Zayde - La Princesse de Clèves - Histoire de la mort d'Henriette d'Angleterre - Correspondance (1652-1692). Appendice : Mémoires de la cour de France pour les années 1688-1689 [œuvre attribuée].

Voyages extraordinaires Voyages extraordinaires En stock 110,00 € Jules Verne

Jules Verne, «lecture d’enfance» - soit. C’est bien ce qu’avait en tête Pierre-Jules Hetzel, l’heureux éditeur des «Voyages extraordinaires», tout en sachant (on l’imagine) que son fidèle auteur n’était pas homme à borner son génie. Sachant aussi déjà, peut-être, que parmi les écrivains «pour la jeunesse» celui-là aurait toujours une place à part. À part : «l’air attentif et fiévreux d’un enfant qui lit un roman de Jules Verne» (Proust dixit) ne s’explique pas autrement. À peine parti pour son premier «Voyage extraordinaire», le jeune lecteur quitte les rivages du conte. Une forme de vie adulte est prête à l’accueillir, où les responsabilités côtoient dangers et merveilles, où les vérités scientifiques dévoilées confèrent au monde sa tangibilité de réel, sans lui ôter son mystère. Étrange, irremplaçable expérience de lecture. Elle demeure à jamais vivante dans le souvenir. On y songe comme à un paradis perdu — perdu et à reconquérir, car l’expérience est renouvelable. L’âge du lecteur et le poids de la vie peuvent bien donner au texte des couleurs nouvelles, la magie demeure. Cette édition propose quatre romans, et plus de cinq cents gravures, indissolublement liées au texte : autant de fenêtres ouvertes sur le rêve. D’une part, la seule «trilogie» de l’œuvre (encore est-ce une trilogie a posteriori) : un voyage autour du monde, un voyage sous les eaux, et le long séjour des «naufragés de l’air» dans une île (apparemment) déserte. D’autre part, Le Sphinx des glaces, roman tardif et superbe, quête d’un pôle Sud alors inexploré ; il vient en quelque sorte compléter le roman d’Edgar Poe, Aventures d’Arthur Gordon Pym, que Verne lut dans la traduction de Baudelaire. Poe, le «chef de l’École de l’étrange». Baudelaire, l’auteur de «Voyage», toujours prêt à plonger «Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau» et qui accola aux Histoires de Poe leur célèbre épithète, extraordinaires. Voyage, inconnu, nouveau, extraordinaire… En qualifiant ses propres livres de «Voyages extraordinaires», Jules Verne signale discrètement, sous le patronage de Poe et de Baudelaire, que la modernité - la science, la technique, la machine en quoi il voyait une poésie du temps présent - comporte une part d’inassimilable, et que notre sûr pouvoir de dominer le monde se double d’une incertitude, féconde ou fatale. Ce monde, Verne ne s’est d’ailleurs pas contenté de l’inventorier. Il l’a peuplé des marques de ses rêves. Ses vaisseaux franchissent sans peine les portes du réel. Appareillons !
Coffret de deux volumes vendus ensemble
Coffret de deux volumes vendus ensemble.

I, Histoire de ma vie (Tome 1) I, Histoire de ma vie (Tome 1) En stock 65,50 € Jacques Casanova

Vénitien, beau parleur, imposteur, séducteur, homme de lettres, Casanova est apparemment l’une de ces figures d’aventuriers qui traversent le XVIIIe siècle. Voyageur infatigable, parfois pourchassé par la police, il franchit les frontières, change d’apparence selon les circonstances, et même de nom : Eupolemo Pantaxeno, Paralis lorsqu’il pratique l’occultisme et la magie, M. de Farussi lors de son voyage en Russie, Antonio Pratolini lorsqu’il devient «mouchard» au service des inquisiteurs de Venise, ceux-là mêmes qui l’emprisonnent sous les Plombs, ou encore chevalier de Seingalt, titre dont il signe l’Histoire de ma vie. Sa dernière aventure - celle qui le rend à jamais mémorable - est en effet l’écriture de ses mémoires, kaléidoscope offrant le portrait fragmenté de l'homme «le plus vivant de tous les vivants» (Zweig). Né dans la ville du théâtre et du carnaval, fils de comédien, Casanova s’y fait le metteur en scène de sa propre vie. Dans un français teinté d’italien, langue chatoyante dans laquelle il voyait la «physionomie» propre de son style, il y exhorte à un hédonisme jouisseur. À sa mort, il laisse un manuscrit de quelque 3 700 feuillets. Acquis en 1821 par l’éditeur F.-A. Brockhaus, celui-ci sera jugé scandaleux ou, à tout le moins, impubliable en l'état, et ne sera livré au public qu’une fois traduit, révisé, amendé. Si l’Histoire de ma vie a séduit Stendhal, Musset, Kafka, jusqu’à Cendrars qui y voyait «la véritable Encyclopédie du XVIIIe siècle», des générations de lecteurs n’ont rencontré Casanova qu’à travers le prisme déformant d’éditions tronquées. Le manuscrit autographe, désormais conservé à la Bibliothèque nationale de France, est longtemps demeuré inaccessible. Il ne fut publié qu’en 1960. Mais sa composition un peu primesautière, parfois déroutante (tomes de longueur inégale, découpage tantôt en chapitres, tantôt en fragments), toujours soucieuse pourtant de la cohérence du récit, est encore inconnue du public. Elle est ici proposée sans remaniements, pour la première fois. On en donne une transcription aussi fidèle que possible, en conservant la disposition, la ponctuation et, bien entendu, les italianismes de Casanova. Des notes de bas de page fournissent la «traduction» des mots ou des passages pouvant faire difficulté, ainsi que la version française des citations latines (ou autres) insérées dans le texte. C’est aussi en bas de page que figurent les principaux repentirs de Casanova, qui portent témoignage de son travail d'écrivain et livrent, parfois, le fond de sa pensée. Il s’agissait, en somme, de respecter une œuvre longtemps malmenée. On espère par là renouveler l’image de Casanova : au-delà des représentations mythiques qui firent sa fortune, montrer le témoin précieux, extraordinairement vivant, de son siècle, l’intellectuel pénétré de la pensée des Anciens comme de celle de son temps, l’écrivain nourri de littérature, l’éblouissant conteur.
Édition établie sosu la direction de Gérard Lahouati et Marie-France Luna avec la collaboration de Furio Luccichenti et Helmut Watzlawick.

Histoire naturelle Histoire naturelle En stock 82,00 € Pline l'Ancien

Ouvrage unique en son temps par son ampleur et son ambition, l’Histoire naturelle fut souvent considérée, peut-être hâtivement, comme la première encyclopédie. Elle a irrigué toute la pensée occidentale, et chacun peut y trouver son compte. Flaubert déclare l’avoir lue et relue «en entier» pour écrire Salammbô. Goscinny et Uderzo lui doivent l’épisode d'Astérix et Cléopâtre au cours duquel la reine se régale de perles dissoutes dans le vinaigre. L’historien des sciences accède à travers elle à la somme des savoirs antiques. Le curieux y apprend comment soigner la cataracte à l'aide de la cendre d'os de seiche, comment les pyramides ont été construites (de cela aussi Astérix se souvient) ou comment vivaient les Blemmyes, ces hommes sans visage dont la poitrine s'ornait d'une paire d'yeux et d'une bouche. L’artiste ou le poète, enfin, y découvre le mythe de la naissance du portrait : une jeune fille, amoureuse d'un jeune homme qui partait pour l'étranger, entoura d'un trait l'ombre de son visage projetée sur le mur par la lumière d'une lampe. Pour tous, l’Histoire naturelle, reflet des rapports de l’homme avec la nature et avec le monde, est une inestimable source de connaissances et de rêverie sur l'esprit et l'imaginaire de la civilisation qui l'a produite. Né en 23, resté célèbre pour sa mort lors de l'éruption du Vésuve de 79 aussi bien que pour son grand œuvre, Pline «communique à ses lecteurs une certaine liberté d’esprit, une hardiesse de penser qui est le germe de la Philosophie» (Buffon).
Pour pénétrer et se mouvoir dans ce monument, ici intégralement retraduit, on choisira, selon l’humeur ou les besoins, de se fier au sommaire détaillé du livre I ou d’utiliser l’ingénieux index des matières grâce auquel les innombrables sujets abordés s’offrent aisément à la curiosité.
Texte traduit, présenté et annoté par Stéphane Schmitt.

Œuvres romanesques I, II Œuvres romanesques I, II En stock 135,00 € Virginia Woolf

Cette édition propose, dans des traductions pour la plupart nouvelles, tous les livres de fiction publiés par Woolf ou, pour Entre les actes, au lendemain de sa mort : dix romans, et un recueil de nouvelles, Lundi ou mardi, qui n'avait jamais été traduit dans notre langue en l'état. S'y ajoutent les nouvelles publiées par l’auteur mais jamais rassemblées par elle, ainsi qu'un large choix de nouvelles demeurées inédites de son vivant. Les nouvelles éparses qui présentent un lien génétique ou thématique avec un roman sont réunies dans une section Autour placée à la suite de ce roman. On trouvera ainsi, Autour de «Mrs. Dalloway», un ensemble de textes dans lequel Woolf voyait «un couloir menant de Mrs. Dalloway à un nouveau livre» ; ce «nouveau livre» sera un nouveau chef-d’œuvre, Vers le Phare. Romans et nouvelles, donc, mais ces termes ne s’emploient ici que par convention. Woolf en avait conscience : «Je crois bien que je vais inventer un nouveau nom pour mes livres, pour remplacer “roman”. Un nouveau … de Virginia Woolf. Mais quoi ? Élégie ?» L’élégie, qui a partie liée avec la mort, est une forme poétique, et le roman, chez Woolf, emprunte en effet à la poésie («Il aura une part de l'exaltation de la poésie»), aussi bien qu’à l’essai et au théâtre («Il sera dramatique»), jusqu’à un certain point («mais ce ne sera pas du théâtre»). Play-poem, «poème dramatique», qualifiera Les Vagues ; essay-novel, «roman-essai», désigne Les Années ; Flush et Orlando partagent la même indication de genre : a Biography, ce qui ne dit à peu près rien de ces deux livres, mais confirme qu’il faut ici renoncer aux catégories reçues et, plus largement, considérer d’un œil neuf tout ce qui semblait définir le romanesque : «Le récit peut-être vacillera ; l'intrigue peut-être s'écroulera ; les personnages peut-être s'effondreront. Il sera peut-être nécessaire d'élargir l'idée que nous nous faisons du roman.» Élargir : rompre avec la continuité chronologique, en finir avec l'hégémonie de la représentation, faire du vécu subjectif de la conscience la véritable matière du roman. Woolf le reconnaissait, elle n’avait pas le don de la réalité : «J’immatérialise le propos…» Il s’agissait moins pour elle de bâtir des intrigues que d’isoler des «moments d'être», déchirures éclairantes dans l’obscur tissu d’une existence, témoignant «qu'une chose réelle existe derrière les apparences». «Je rends [cette chose] réelle en la mettant dans des mots. Ce sont mes mots et eux seuls qui lui donnent son intégrité ; et cette intégrité signifie qu’elle a perdu le pouvoir de me faire souffrir.»
Coffret de deux volumes vendus ensemble
Coffret de deux volumes vendus ensemble.

Œuvres romanesques (Tome 2) Œuvres romanesques (Tome 2) En stock 67,50 € Virginia Woolf

Cette édition propose, dans des traductions pour la plupart nouvelles, tous les livres de fiction publiés par Woolf ou, pour Entre les actes, au lendemain de sa mort : dix romans, et un recueil de nouvelles, Lundi ou mardi, qui n'avait jamais été traduit dans notre langue en l'état. S'y ajoutent les nouvelles publiées par l’auteur mais jamais rassemblées par elle, ainsi qu'un large choix de nouvelles demeurées inédites de son vivant. Les nouvelles éparses qui présentent un lien génétique ou thématique avec un roman sont réunies dans une section Autour placée à la suite de ce roman. On trouvera ainsi, Autour de «Mrs. Dalloway», un ensemble de textes dans lequel Woolf voyait «un couloir menant de Mrs. Dalloway à un nouveau livre» ; ce «nouveau livre» sera un nouveau chef-d’œuvre, Vers le Phare. Romans et nouvelles, donc, mais ces termes ne s’emploient ici que par convention. Woolf en avait conscience : «Je crois bien que je vais inventer un nouveau nom pour mes livres, pour remplacer “roman”. Un nouveau … de Virginia Woolf. Mais quoi ? Élégie ?» L’élégie, qui a partie liée avec la mort, est une forme poétique, et le roman, chez Woolf, emprunte en effet à la poésie («Il aura une part de l'exaltation de la poésie»), aussi bien qu’à l’essai et au théâtre («Il sera dramatique»), jusqu’à un certain point («mais ce ne sera pas du théâtre»). Play-poem, «poème dramatique», qualifiera Les Vagues ; essay-novel, «roman-essai», désigne Les Années ; Flush et Orlando partagent la même indication de genre : a Biography, ce qui ne dit à peu près rien de ces deux livres, mais confirme qu’il faut ici renoncer aux catégories reçues et, plus largement, considérer d’un œil neuf tout ce qui semblait définir le romanesque : «Le récit peut-être vacillera ; l'intrigue peut-être s'écroulera ; les personnages peut-être s'effondreront. Il sera peut-être nécessaire d'élargir l'idée que nous nous faisons du roman.» Élargir : rompre avec la continuité chronologique, en finir avec l'hégémonie de la représentation, faire du vécu subjectif de la conscience la véritable matière du roman. Woolf le reconnaissait, elle n’avait pas le don de la réalité : «J’immatérialise le propos…» Il s’agissait moins pour elle de bâtir des intrigues que d’isoler des «moments d'être», déchirures éclairantes dans l’obscur tissu d’une existence, témoignant «qu'une chose réelle existe derrière les apparences». «Je rends [cette chose] réelle en la mettant dans des mots. Ce sont mes mots et eux seuls qui lui donnent son intégrité ; et cette intégrité signifie qu’elle a perdu le pouvoir de me faire souffrir.»

Œuvres, Éthiques, Politique, Rhétorique, Poétique, Métaphysique Œuvres, Éthiques, Politique, Rhétorique, Poétique, Métaphysique En stock 69,00 € Aristote

À sa mort, en 322 av. J. C., Aristote laisse une œuvre savante aux proportions gigantesques - et qui demeure aujourd’hui très vaste, même si une grande partie en a été perdue. Fondements de la philosophie et de la science occidentales, les nombreux traités dans lesquels il scrute et pense le monde sous ses aspects les plus divers ont fait longtemps considérer leur auteur, selon le mot de Dante, comme «le maître de ceux qui savent». Ils ont laissé une empreinte profonde dans la conception même que nous nous faisons des sciences et de la connaissance. Si l’image dogmatique que la scolastique a véhiculé de cette philosophie lui fait parfois encore du tort, elle ne résiste pourtant pas à la lecture des textes. Aristote se réclame d’une double originalité : celle de pouvoir trancher, mieux que d'autres, des questions controversées, et celle de pouvoir engager de manière assurée le savoir sur de nouvelles pistes. Pour ce faire, il prête la plus grande attention aux opinions d’autrui, celles du plus grand nombre comme celles des spécialistes. C’est pour lui un principe de méthode, maintes fois rappelé. L’immense contribution au savoir universel que forme son œuvre demeure irremplaçable, sinon par son contenu doctrinal, du moins par les procédures qu’elle instaure et par les questions qu’elle pose. Depuis Boèce jusqu’à nos jours, chaque traduction d’Aristote est l’occasion d’une nouvelle interprétation et une possibilité de redécouverte. Les traités réunis dans ce volume sont tous (à une exception près, l’Éthique à Nicomaque, dont la version française a été révisée par son auteur, Richard Bodéüs) proposés dans des traductions inédites et accompagnés d’un appareil critique qui, tout en profitant de la littérature savante, spécialisée, ne s’y substitue pas : il vise «simplement» à rendre l’œuvre d’Aristote accessible au lecteur d’aujourd’hui.

Œuvres poétiques et dramatiques Œuvres poétiques et dramatiques En stock 75,00 € Charles Péguy

La postérité retient parfois de Péguy l’efficacité du polémiste, le prophétisme du philosophe de l’Histoire, le moraliste aigu, l’anarchiste irréductible ou le socialiste humaniste et, d’une manière peu discutée, le patriote martyr. Mais le poète, le connaît-on vraiment ? La répétition est l’arme, redoutable, de sa versification. Elle ne produit pas de radotage. C’est le martèlement d’une voix adressée au public que Péguy entend, en quelque sorte, réinventer ; et c’est sans doute aussi la marque d’une scansion, qui rejoint la part d’oralité consubstantielle à presque toute poésie. Henri Meschonnic écrivait de celle de Péguy qu’elle était une «épopée de la voix». Elle est simple, sans affectation. Si Du Bellay et Corneille sont des modèles, Villon n’est jamais très loin. Traditionnel, Péguy ? Les étiquettes lui vont mal. Dramaturge défiant les normes dès sa Jeanne d’Arc de 1897, dont l’héroïne est une nouvelle figure d’Antigone ; vers-libriste, mais créateur d’innombrables alexandrins ; poète de la déchirure ; sonnettiste, mais artisan aussi de nouvelles formes : il n’est qu’à considérer l’effet hypnotique que produisent les enchaînements de quatrains ou de tercets pour saisir la part très contemporaine de son art. L’œuvre de Péguy a souffert de son destin paradoxal sous l’Occupation. Indexée par la Révolution nationale, revendiquée par la Résistance… Mais sa poésie renaît aujourd’hui, dépoussiérée, et dans une nécessité plus vive. Il est temps de redécouvrir, via une édition qui en restitue enfin la trajectoire, sa parole juste.
Nouvelle édition sous la direction de Claire Daudin avec la collaboration de Pauline Bruley, Jérôme Roger et Romain Vassermann.

Justine et autres romans Justine et autres romans En stock 60,00 € D.A.F. de Sade

Ses textes ont longtemps été considérés comme des documents à réserver aux médecins, aux juristes ou aux amateurs de curiosa. Il fallait être Apollinaire pour penser que l’écrivain Sade, «qui parut ne compter pour rien durant tout le XIXᵉ siècle», pouvait «dominer le XXᵉ». Encore la prédiction serait-elle restée lettre morte sans les éditeurs courageux, les Heine, Lely, Pauvert, qui ouvrirent la voie. Avec l’entrée de Sade dans la Pléiade, en 1990, un nouveau cap est franchi. Le texte des œuvres est établi dans le respect de la langue de l’écrivain, les illustrations originales sont reproduites et décrites, l’annotation permet de situer l’auteur dans l’imaginaire de son temps. Et, faut-il s’en étonner ? le sérieux de l’édition n’édulcore pas l’œuvre ni ne réduit l'effet de sidération qui accompagne sa découverte. Le volume qui paraît aujourd’hui est à la fois un retour sur cette édition et une nouvelle introduction à Sade. Accompagnés de leur appareil critique, relu et mis à jour pour l’occasion, trois ouvrages majeurs permettent de suivre l’écrivain pendant dix années charnières, de l’Ancien Régime au monde post-révolutionnaire. Ce sont aussi trois expériences d’écriture : un recueil d’anecdotes ou de cas, un roman-mémoires où apparaissent des développements philosophiques, une suite de dialogues interrompue par un pamphlet révolutionnaire. Les noces de la pensée et de la fiction, en somme. Mais ce sont des noces de sang. Lire Sade, c’est, inévitablement, se demander ce que lire veut dire.
Ce volume contient : Les Cent Vingt Journées de Sodome ou l'École du libertinage - Justine ou les Malheurs de la vertu - La Philosophie dans le boudoir. Édition de Michel Delon et Jean Deprun.

L'Age d'homme/L'Afrique fantôme L'Age d'homme/L'Afrique fantôme En stock 75,00 € Michel Leiris

Trois textes plus un : autant de façons de pratiquer l’écriture de soi, autant d’épisodes d’une quête autobiographique. Le premier en date n’aboutit pas tout de suite à un livre. En 1930, Michel Leiris rassemble «des souvenirs d’enfance et d’extrême jeunesse touchant tous à l’érotisme». Il leur destine déjà la place centrale d’un ouvrage plus vaste. Intitulée Lucrèce, Judith et Holopherne, cette «confession» sera reprise, remaniée (autocensurée), dans L’Âge d’homme. On en révèle ici, en ouverture, la version originelle. Mais Leiris est las de la vie littéraire. Il accepte de participer à la mission ethnographique Dakar-Djibouti (mai 1931-février 1933). Le voyage n’est-il pas une «expérience poétique» ? Leiris tient un carnet de route. Rapidement, il donne à ses notes un tour personnel ; il ne raconte que les événements auxquels il a lui-même assisté et mêle aux observations ethnographiques des préoccupations plus intimes : rapports avec les autres, sentiments, obsessions érotiques, rêves... À sa publication, en 1934, le livre - L’Afrique fantôme - témoigne d’une pratique de l’autobiographie infléchie par l’expérience ethnologique. Puis Leiris rouvre le dossier de L’Âge d’homme. Il révise (adoucit) le texte de 1930. Il y ajoute des souvenirs - les vacances espagnoles de l’été 1935 sont à l’origine de pages sur la tauromachie - et compose un livre de «confessions» qui va du «chaos miraculeux de l’enfance» à l’âge «cruel de la virilité». Sous l’influence de la psychanalyse, L’Âge d’homme entend dire «toute la vérité» : nouveau renouvellement dans la pratique autobiographique. À peine achevé, à la fin de 1935, le livre est accepté par Gallimard. Seulement il ne paraît pas. Tout était prêt, mais le public attendra 1939 pour découvrir L’Âge d’homme. Entre-temps, en 1938, Leiris est revenu sur la corrida dans Miroir de la tauromachie : la tauromachie est «plus qu’un sport» ; c’est un «art tragique», qui a partie liée avec l’érotisme et le sacré. Et avec l’écriture de soi. Comment tauromachie et autobiographie communiquent-elles ? par la confluence des risques. En 1935, les pages sur la tauromachie de L'Âge d’homme ne prennent pas encore en compte l’extension à la littérature d’une esthétique du risque. Mais dans le prière d’insérer joint à l’édition originale en 1939, cette idée est centrale. Et quand Leiris réédite son livre en 1946, il y ajoute une préface intitulée «De la littérature considérée comme une tauromachie» : écrire sur soi, se mettre à nu dans un livre, y confesser déficiences ou lâchetés, c’est créer un objet non pas semblable, mais équivalent à «ce qu’est pour le torero la corne acérée du taureau».
Ce volume contient : Lucrèce, Judith et Holopherne - L'Afrique fantôme - De la littérature considérée comme une tauromachie - L'Âge d'homme - Tauromachies - Miroir de la tauromachie. Édition sous la direction de Denis Hollier.

Œuvres romanesques complètes (Tome 3) Œuvres romanesques complètes (Tome 3) En stock 67,50 € Stendhal

On connaît le goût de Stendhal pour les manuscrits italiens, grâce auxquels il se replonge dans l’univers imaginaire qu’il a élu pour sien. Quelques pages sur un Farnèse devenu cardinal et pape grâce à une femme enclenchent un processus de cristallisation. Un voyage en Bretagne et en Normandie permet la maturation du projet. En cinquante-trois jours, porté par la vague d’une improvisation heureuse, Stendhal paie à l’Italie, en toute liberté, le tribut romanesque qu’il lui devait et dicte La Chartreuse de Parme. À la recherche de nouvelles idées, il tâtonne, entre l’exploitation de chroniques napolitaines et des études françaises et contemporaines, dont Lamiel, qui l’entraîne sur des chemins inédits, particulièrement audacieux. Balzac consacre à la Chartreuse une analyse exorbitante et salue son auteur comme un artiste majeur. Stendhal se voit pour la première fois, à cinquante-sept ans, mis à sa place. Pour tenir compte des critiques formulées par son prestigieux confrère, qu’il tient pour le maître du roman moderne, il tentera d’établir une édition refondue et augmentée de la Chartreuse, avant de renoncer et, persistant dans ses choix, d’oser être Stendhal plutôt que Balzac. Un premier grave avertissement physique l’impressionne durablement. La raison de santé qu’il invoque pour demander un congé de son poste consulaire à Civitavecchia ne relève pas du prétexte. À Paris, assez affaibli, il échafaude des projets : toujours Lamiel, toujours des nouvelles, dont le public est demandeur. Mais quelque chose semble cassé. Il meurt stendhaliennement, c’est-à-dire vite et proprement, comme il l’avait souhaité : «Je trouve qu’il n’y a pas de ridicule à mourir dans la rue quand on ne le fait pas exprès.» L’édition en trois volumes des Œuvres romanesques complètes de Stendhal est la première à proposer l’ensemble des œuvres de fiction dans l’ordre chronologique de leur rédaction. Outre les dernières «chroniques italiennes» (consacrées à de scandaleuses histoires conventuelles), le tome III propose une Chartreuse de Parme assortie d’appendices conséquents parmi lesquels on trouvera l’intégralité de la recension dithyrambique de Balzac, ses échanges avec Stendhal, ainsi que les tentatives de réécriture du roman par son auteur. Le volume, enfin, procure une édition radicalement nouvelle de Lamiel, œuvre en travail, souvent «reconstituée» à l’aide de manuscrits qui n’étaient nullement faits pour être mis bout à bout et ici publiée dans ses trois versions : notre vision de l’ultime projet romanesque de Stendhal, aussi inachevé qu’inachevable, s’en trouve renouvelée.
Ce volume contient : A-imagination - La Duchesse de Palliano - Lisimon - L’Abbesse de Castro - La Chartreuse de Parme - Trop de faveur tue - Le Chevalier de Saint-Ismier - Féder - Philibert Lescale - Lamiel - Don Pardo - Suora Scolastica.

Oeuvres complètes / Claude Simon, 2, Œuvres (Tome 2) Oeuvres complètes / Claude Simon, 2, Œuvres (Tome 2) En stock 66,50 € Claude Simon

En 2001, la Pléiade propose à Claude Simon de publier un volume de ses œuvres. Simon en établit lui-même le sommaire : du Vent (1957) au Jardin des Plantes (1997), huit livres, quarante ans de création. Puis, jusqu’à sa mort en 2005, il aide à la préparation du volume, qui paraît en 2006. Après la disparition de Simon, son œuvre ne connaît pas de purgatoire. Sa présence, au contraire, s'affirme. Des romanciers qui n’étaient pas nés à «l’ère du soupçon» la lisent et la citent. On la traduit partout. À l’heure où le «nouveau roman» n’émet plus, Simon est un écrivain vivant. C’est ce dont la Pléiade prend acte, peu après la sortie du volume de 2006, en préparant une «suite» - qui n’en est pas une : ce tome II rassemble les œuvres que Simon n’a pas retenues en 2001. À en examiner le sommaire, on saisit que ce second wagon n’a rien d’un wagon de seconde classe. Mais où chercher l’unité d’un tel ensemble ? Simon ne s’est pas expliqué publiquement sur ses choix de 2001. Pour autant, il n’est pas interdit de remarquer que, si des romans «à base de vécu» (pour ne pas dire «autobiographiques») étaient présents dans sa sélection, ceux qui étaient le plus visiblement fondés sur un matériau familial avaient été écartés. La famille évoquée dans L’Herbe ressemble à celle des Simon. Histoire fait revivre des personnages proches des parents de l’auteur. Les Géorgiques enchevêtre la vie de L.S.M., conventionnel et général d'Empire dont les initiales sont celles d’un trisaïeul de Simon, à des épisodes vécus par un volontaire étranger dans l’Espagne de 1936 et par un cavalier français de 1940. Dans L'Acacia, un père meurt en 1914, comme celui de Simon, et un fils survit à la débâcle de 1940, comme Simon lui-même. Et Le Tramway, où se rejoignent enfance et vieillesse, traverse une ville anonyme semblable à celle où l’écrivain a passé ses premières années. La matière familiale irrigue donc tout le volume. Mais il y a plus. Peu à peu, Simon renonce partiellement à «inventer» personnages et épisodes. Il fait des recherches, exploite des archives. La fiction progressivement s'efface. Des critiques trop pressés vont d’ailleurs s’y tromper et qualifier d’«autobiographies» ces romans véritables, au grand dam de l’auteur. Car ce qui est prodigieux chez Claude Simon, et ce dont les livres ici rassemblés témoignent mieux que d’autres, c’est qu'il abandonne la fiction sans renoncer au romanesque. «Montrer un homme dans toute la vérité de sa nature» n’est pas son affaire. «Ces éléments biographiques sont des prétextes, disait-il. Le texte est autre chose.» Parallèle au nôtre sans jamais se confondre avec lui, à la fois fragmentaire et cohérent, le monde qu’il crée «à base de vécu» a sa vérité propre. Comme celui de Balzac.
Ce volume contient : L'Herbe - Histoire - Les Corps conducteurs - Leçon de choses - Les Géorgiques - L'Invitation - L'Acacia - Le Tramway.

Romans, nouvelles et récits I, II Romans, nouvelles et récits I, II En stock 140,00 € Francis Scott Fitzgerald

Cette édition propose tous les romans publiés du vivant de Fitzgerald, à quoi vient naturellement s’ajouter Le Dernier Nabab, «roman inachevé», dit-on généralement, alors qu’il s’agit plutôt d’un chantier littéraire : l’organisation interne de l’œuvre posait à l’auteur des problèmes qui n’avaient pas encore été résolus au moment de sa mort, le 21 décembre 1940. Le texte est ici retraduit sous le titre figurant sur le dactylogramme laissé par Fitzgerald : Stahr. A Romance, et il est suivi de documents permettant de mieux cerner le projet dont il est le vestige. Fitzgerald a également publié quatre recueils de nouvelles - auxquels le public français n’a jamais eu véritablement accès : alors que leur auteur les avait conçus et revus avec soin, dans l’espoir de corriger sa réputation (équivoque) de collaborateur des magazines de grande diffusion, ils n’ont jamais été traduits en l’état dans notre langue. On découvrira donc ici Garçonnes et philosophes, Contes de l’âge du jazz, Tous les jeunes gens tristes, Quand sonne la diane, et c’est, par exemple, au sein des Contes de l’âge du jazz qu’on lira des nouvelles aussi célèbres que «Le Diamant gros comme le Ritz» ou «L’Étrange Histoire de Benjamin Button». S’ajoutent à ces recueils les Autres histoires de Basil et de Josephine, fictions non recueillies liées à Quand sonne la diane, et les Histoires de Pat Hobby, que Fitzgerald publia dans la presse puis révisa afin de les faire paraître en volume ; la mort, là encore, empêcha la réalisation du projet. Enfin, figure au tome II, sous l’intitulé Récits, un choix d’articles ou d’«essais personnels» (à caractère autobiographique) publiés dans divers périodiques entre 1924 et 1939 et jamais réunis par Fitzgerald. C’est dans cette section qu’on lira la célèbre «Fêlure», parue dans Esquire en 1936 : l’aveu, par l’écrivain fatigué et amer, de sa dépression. Que la première édition française respectant les choix éditoriaux de Fitzgerald paraisse près de trois quarts de siècle après sa mort a de quoi surprendre. C’est pourtant explicable. Les contemporains de l’écrivain n’ont jamais vraiment su que faire ni que penser de son œuvre, et les clichés qu’ils ont répandus (peintre habile mais superficiel, «inventeur» d’une génération, etc.) ont eu la vie dure. Depuis, ces jugements ont été révisés à l’occasion de réévaluations successives, mais «le mythe Fitzgerald» (élaboré avec la complicité de l’intéressé) continue, dans une large mesure, à faire écran. Sans doute disposons-nous à présent de la distance nécessaire pour entreprendre de dégager la littérature de Scott Fitzgerald de ce qui la masque. Telle est l’ambition dont ces deux volumes voudraient être les instruments.
Coffret de deux volumes vendus ensemble
Coffret de deux volumes vendus ensemble.

., II, Œuvres romanesques complètes , Tome 2 ., II, Œuvres romanesques complètes , Tome 2 En stock 59,00 € Jane Austen

Il y a une façon d’évoquer Jane Austen qui pourrait la faire passer pour ce qu’elle n’est pas : une donneuse de leçons. Fille d’un pasteur de province, elle se veut l’écrivain de la raison face aux débordements sentimentaux des auteurs de son temps (Samuel Richardson, Fanny Burney), et cherche à prémunir le lecteur contre les errements du cœur glissant sur la pente de l’égoïsme. À ses portraits tout en nuances, elle ne donne pas pour fond les paysages tourmentés des romans gothiques d’une Ann Radcliffe, mais ceux, apparemment plus paisibles, d’une campagne anglaise dont elle révèle l’arrière-scène : ce monde où les jeunes filles doivent apprendre à diriger leurs sentiments pour atteindre au bonheur rêvé. Pourtant, ses romans ne sont pas des contes de fées déguisés où l’héroïne finit par épouser le parfait gentleman. Les changements psychologiques subtils et progressifs vécus par les protagonistes contribuent sans doute au plaisir de la lecture, mais ils passent après la joie que procure l’ironie dont Austen fait preuve à l’égard de ses créatures. Douée d’un génie comique certain, celle «qui écrit en cachette derrière une porte grinçante» est, pour Virginia Woolf, l’«un des auteurs les plus constamment satiriques» de son époque. En prenant pour cibles les comportements égoïstes et les petites lâchetés de ses semblables, elle pointe ce que la nature humaine peut avoir de mesquin, de pathétique, de loufoque et d’affligeant. Les héroïnes elles-mêmes n’échappent pas aux critiques de leur créatrice. Fanny Price est timorée, Anne Elliot influençable, et Emma Woodhouse, qui n’est ni l’une ni l’autre, n’inspirerait pas la sympathie, si Jane Austen n’avait l’art de rendre attachants jusqu’aux défauts qu’elle moque. Ce tour de force, une sensibilité rare et l’audace discrète de son style sont les secrets de son extraordinaire popularité.
Traductions nouvelles des trois premiers grands romans de Jane Austen (1775-1817), de deux courts ouvrages et de deux textes de jeunesse.

Œuvres romanesques (Tome 1) Œuvres romanesques (Tome 1) En stock 67,50 € Virginia Woolf

Cette édition propose, dans des traductions pour la plupart nouvelles, tous les livres de fiction publiés par Woolf ou, pour Entre les actes, au lendemain de sa mort : dix romans, et un recueil de nouvelles, Lundi ou mardi, qui n'avait jamais été traduit dans notre langue en l'état. S'y ajoutent les nouvelles publiées par l'auteur mais jamais rassemblées par elle, ainsi qu'un large choix de nouvelles demeurées inédites de son vivant. Les nouvelles éparses qui présentent un lien génétique ou thématique avec un roman sont réunies dans une section Autour placée à la suite de ce roman. On trouvera ainsi, Autour de «Mrs. Dalloway», un ensemble de textes dans lequel Woolf voyait «un couloir menant de Mrs. Dalloway à un nouveau livre» ; ce «nouveau livre» sera un nouveau chef-d'œuvre, Vers le Phare. Romans et nouvelles, donc, mais ces termes ne s'emploient ici que par convention. Woolf en avait conscience : «Je crois bien que je vais inventer un nouveau nom pour mes livres, pour remplacer “roman”. Un nouveau ... de Virginia Woolf. Mais quoi ? Élégie ?» L'élégie, qui a partie liée avec la mort, est une forme poétique, et le roman, chez Woolf, emprunte en effet à la poésie («Il aura une part de l'exaltation de la poésie»), aussi bien qu'à l'essai et au théâtre («Il sera dramatique»), jusqu'à un certain point («mais ce ne sera pas du théâtre»). Play-poem, «poème dramatique», qualifiera Les Vagues ; essay-novel, «roman-essai», désigne Les Années ; Flush et Orlando partagent la même indication de genre : a Biography, ce qui ne dit à peu près rien de ces deux livres, mais confirme qu'il faut ici renoncer aux catégories reçues et, plus largement, considérer d'un œil neuf tout ce qui semblait définir le romanesque : «Le récit peut-être vacillera ; l'intrigue peut-être s'écroulera ; les personnages peut-être s'effondreront. Il sera peut-être nécessaire d'élargir l'idée que nous nous faisons du roman.» Élargir : rompre avec la continuité chronologique, en finir avec l'hégémonie de la représentation, faire du vécu subjectif de la conscience la véritable matière du roman. Woolf le reconnaissait, elle n'avait pas le don de la réalité : «J'immatérialise le propos...» Il s'agissait moins pour elle de bâtir des intrigues que d'isoler des «moments d'être», déchirures éclairantes dans l'obscur tissu d'une existence, témoignant «qu'une chose réelle existe derrière les apparences». «Je rends [cette chose] réelle en la mettant dans des mots. Ce sont mes mots et eux seuls qui lui donnent son intégrité ; et cette intégrité signifie qu'elle a perdu le pouvoir de me faire souffrir.»

Œuvres complètes Œuvres complètes En stock 49,50 € François Villon

Qui fut François Villon (1431-apr. 1463) ? Un vagabond, un étudiant, un voleur, un «mauvais garçon» ? Telle est en tout cas l'image qu'il a laissée, transmise même, puisque tel il se décrit à travers sa poésie. La réalité est peut-être en partie différente. Les documents d'archives qui nous sont parvenus, et qui sont ici reproduits, laissent planer le mystère. Si Villon connaît le langage des «coquillards», son appartenance à cette organisation de malfaiteurs reste incertaine : le (passionnant) rapport d'enquête sur la bande procure une liste de ses membres et décrypte leur argot, sans jamais citer notre homme… Si l’on met de côté la légende, reste la poésie, faite d'interrogations et d'inquiétudes, de mélancolie et de nostalgie : une danse de vie et de mort. Considéré comme le premier poète moderne, Villon aime jouer avec les langues, et il les connaît toutes : celle des cours, dans lesquelles il fut reçu, celles du peuple et des métiers, l’argot et les proverbes. Il se les approprie, les détourne, en fait surgir la fragilité et la beauté. Encore faut-il pouvoir y accéder. Une traduction en français moderne figure ici en regard du texte original. Dès le lendemain de sa disparition, Villon fut augmenté, imité, réinterprété, réinventé et célébré par ses lecteurs, et notamment par les écrivains. Un choix de textes (et d'illustrations) propose donc, sous l’intitulé «Lectures de François Villon», les échos de la fortune du poète du XVe au XXe siècle.
Ce volume contient : Le lais François Villon - Le testament Villon - Pièces non recueillies - Ballades en jargon - Documents d’archives sur François Villon - Lectures de François Villon.

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